La grotte Chauvet n’a pas tout dit. On découvre aujourd’hui quel fusain a servi à réaliser les peintures rupestres.

425 figures laissées par les hommes préhistoriques.

14 espèces animales représentées et conservées intactes pendant 36 000 ans…

Ce chef d’œuvre qui court sur les parois d’une grotte longue de 800 m, avec quel matériel a-t-il été réalisé ? Des fusains fabriqués "maison" à partir de charbon de bois… Oui mais comment, où?

C’est précisément ce que révèle une équipe du CNRS. Habituellement le charbon de  bois sert à dater les peintures et l’occupation des grottes. Il témoigne aussi de la présence de foyers. Cette fois-ci, les scientifiques ont étudié la nature de 171 petits morceaux récupérés sur le sol.  Ils sont tous issus de pins sauf UN !

La présence des conifères dans la région n’a surpris personne. A l’époque de l’Aurignacien, le paysage ardéchois était différent de celui d’aujourd’hui. Un paysage de steppe, plus froid et plus sec, (on est à la fin d’une période glaciaire) avec ici et là des bosquets de pins, de bouleaux nains et de genévriers. On sait par l’étude des pollens qu’il y avait aussi de l’armoise. 

Mais alors pourquoi seulement le pin si d’autres essences étaient présentes, qui auraient permis de faire de bons feux ?  Pour l’anthracologue  Isabelle Théry , c’est une surprise. Elle se serait attendue à plus de diversité. Son explication: le pin produit beaucoup de bois mort ; Il est particulièrement adapté au nomadisme des hommes de la préhistoire parce qu'il sèche plus vite que d'autres essences.  Or il faut beaucoup de bois pour produire du charbon de bois. Après un feu, seulement 1/4 des morceaux carbonisés sont utilisables. 

Le pin choisi sciemment

Pour Jean-Michel Geneste, conservateur national du patrimoine et archéologue de la préhistoire qui fait partie de ceux qui ont le plus étudié Chauvet , il est possible que cet arbre ait été sélectionné pour la tendreté du fuseau qu’il donne une fois brûlé et parce que c'était ce qui convenait le mieux à un tracé souple et bien noir. Un fusain plus dur, obtenu à partir du chêne aurait par exemple plus de mal à s’écraser sur la roche et à la marquer selon lui. 

L'inventivité de nos ancêtres plaide en ce sens. Dans les grottes ornées, ils ont toujours cherché à adapter leur technique au support. C'est ce qui les a conduit à produire l'estompe avec du charbon écrasé ou à utiliser des pigments soufflés avec la bouche sur de la calcite en choux fleur .

Le charbon de bois n'est pas qu'un résidu d'atelier. Il a servi à éclairer la grotte, alimenter des foyers et  parce que le pin produit beaucoup de fumée, peut-être même qu'il a était utilisé pour éloigner les ours dont on sait qu'ils ont aussi fréquenté Chauvet.

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