En 2015 dans un livre devenu best-seller « Comment tout peut s’effondrer », la France découvrait grâce à ses deux auteurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens le mot "collapsologie". Un néologisme qui a remis au goût du jour l’idée d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle.

La collapsologie et la théorie de l'effondrement à la Une de l'Edito Carré (image d'illustration)
La collapsologie et la théorie de l'effondrement à la Une de l'Edito Carré (image d'illustration) © Getty / Nora Carol Photography

Mais cette idée ne date pas de 2015. Dans les années 60, la biologiste américaine Rachel Carlson, dans son célèbre ouvrage « le printemps silencieux », prédisait l’extinction des insectes et des oiseaux en raison de l’utilisation des pesticides. 

Et puis en 1972, le rapport Meadows rédigé par des chercheurs du MIT pour le Club de Rome alertait le monde sur la folie de croire à une croissance économique et démographique exponentielle. Ce rapport prévoyait l’effondrement pour 2030. 

Dans son numéro du mois de février, Philosophie Magazine consacre un dossier aux collapsonautes pour découvrir ces étonnants voyageurs du désastre écologique.  

Alors qui sont-ils vraiment alors ?

Ils forment un courant de pensée qui s’appuit au départ sur des données rationnelles concernant le défi écologique afin d’anticiper les catastrophes qui surviendront au cours de ce siècle. 

Mais petit à petit souligne Philosophie Magazine, le terme de collapsologie a été délaissé au profit de celui de collapsosophie qui prône une « sagesse de l’effondrement » donnant une dimension crypto-religieuse à leur discours non sans rappeler les sectes chrétiennes du début de notre ère. 

« Merci à vous frères et sœurs qui faites grandir le mycélium » écrivaient Servigne, Chapelle et Stevens en 2018 dans « Une autre fin du monde est possible ». 

Les collapsologues sont de véritables champions de la synthèse écrit Philosophie Magazine. 

Attrape-tout, ils combinent tout un tas de références issues d’univers éloignés comme l’histoire des civilisations disparues, la peur du danger technique ou le mouvement décroissant. 

Mais les collapso n’en font-ils pas trop ?  

Dans une tribune publiée dans Le Monde en août dernier des chercheurs français, parmi lesquels le climatologue Jean Jouzel, réfutaient la vision globalisante de la collapsollogie en écrivant ceci : 

Certes un effondrement est possible mais non, il n’est pas certain (…) En vérité il n’y a sans doute pas un mais des effondrements partiels dont l’accumulation finirait pas rendre impossible une vie humaine décente  

Le philosophe Jean-Pierre Dupuis se dit quant à lui en colère contre les collapsologues alors même que ces derniers revendiquent sa notion de « catastrophisme éclairé ». Leur conception de la complexité et du temps dit-il est erronée. En affirmant que l’effondrement va se produire quoi que nous fassions, les collapsologues nient paradoxalement que leur parole puisse avoir un quelconque effet. 

Le philosophe Michaël Foessel peine de son côté à comprendre ce qui pourrait être une véritable politique de la collapsologie. Ce n’est pas la civilisation qui est au bord de l’effondrement mais un certain modèle de civilisation. Pour en sortir conclue t-il dans Philosophie Magazine, il faut davantage recourir aux puissances de l’imagination qu’à la peur de l’apocalypse. 

La collapsologie suscite le débat et on en parle cet après-midi dans la Terre au carré

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