Les requins sont fréquemment les victimes directes ou indirectes des pêcheries industrielles dans les eaux internationales. En décembre dernier, une étude publiée dans la revue "Fischeries research" montrait que les requins présentaient de nombreux hameçons accrochés à leur gueule.

Les requins de l’océan peuvent souvent être vus avec des hameçons à palangre dans leur bouche en raison de l’augmentation de la pêche, Roatàn, Honduras
Les requins de l’océan peuvent souvent être vus avec des hameçons à palangre dans leur bouche en raison de l’augmentation de la pêche, Roatàn, Honduras © Getty / Swiss/Canadian underwater photographer.

Ils sont depuis des décennies les mal aimés des océans et malheureusement comme le rappelait Libération le 6 janvier dans un article, la terreur que génèrent ces animaux éclipse souvent leurs souffrances...

Les requins présentent souvent de nombreux hameçons accrochés à leur gueule en raison de l'augmentation de la pêche… 

Les scientifiques l’ont découvert en observant pendant  8 ans 55 requins tigres sur un site d'écotourisme au large de Tahiti. Ce poisson fait partie des plus grandes espèces de requins. Il mesure généralement de 3 à 4 mètres, pour un poids moyen de 500 kg.

Eric Clua, spécialiste des requins est co-signataire de cette étude inédite. Il explique que ces poissons sont souvent en contact avec des navires de pêche, car ces derniers s’intéressent aux mêmes espèces de poissons que celles dont se nourrissent les requins. Pour la pêche au thon par exemple, les bateaux utilisent des palangres.

Ce sont de longues lignes de plusieurs kilomètres avec des centaines d’hameçons et qui sont particulièrement meurtrières pour les requins attirés par les appâts. Sur les 55 requins suivis par les chercheurs, 40% d’entre eux avaient entre 1 à 7 hameçons plantés dans la gueule. 

Quelles sont les conséquences pour ces poissons ?

Certains requins parviennent à s’en tirer sans trop de problème car les hameçons oxydables finissent par se dissoudre. 

En revanche beaucoup d’entre eux portent des hameçons inoxydables qui peuvent rester accrochés pendant des années, ce qui les empêche de mordre leurs proies et de se nourrir correctement. 

Selon Eric Clua, les requins tigres ne s’en tirent pas trop mal car les hameçons sont petits à leur échelle. En revanche pour d’autres requins plus petits comme les requins bleus de Méditerranée, les dégâts sont beaucoup plus importants. On estime que plus d’un requin sur deux aurait des hameçons accrochés dans la gueule. 

Et c’est sans compter sur les requins qui échappent aux chercheurs et qui peuvent être touchés dans les branchies ou l’estomac. 

Les scientifiques n’hésitent plus à parler d’une véritable hécatombe.

Et que faire pour éviter ce massacre ? 

Selon Eric Clua, la pêche industrielle n’est pas une pratique soutenable et durable pour de nombreuses espèces de poissons. Les navires munis de filets géants qui capturent tout sur leur passage sont de véritables fléaux pour les requins qui s’y retrouvent souvent piégés

Le chercheur affirme que la seule solution est d’assurer aux requins de vastes zones de tranquillité en créant des sanctuaires de plusieurs millions de kilomètres carrés. Il faudrait aussi poursuit-il interdire la pêche au large au-delà de la limite des 200 milles marins qui définit la zone d’exclusivité économique des Etats. Cela représente à peu près 350 kilomètres. Cette pêche lointaine n’est pas rentable sans subventions et il suffirait d’arrêter de la financer pour la faire disparaître. 

Eric Clua sera l’invité de l'émission "La Terre au Carré". 

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