Ce matin dans l’édito carré, les dents humaines fossilisées.

Les dents, une nouvelle machine à remonter le temps ?
Les dents, une nouvelle machine à remonter le temps ? © Getty / Jose A. Bernat Bacete

Fut un temps pas si lointain Nicolas, où lorsqu’un préhistorien recevait un crâne humain, le premier réflexe pour lui avant de l’exposer était d’astiquer le tartre de sa denture. 

Mauvaise idée, car pour un scientifique aujourd’hui, les dents c’est un peu comme s’installer aux commandes d’une machine à remonter le temps. 

Et il y a quelques jours des molaires et prémolaires d’hominidés retrouvées dans des cavernes espagnoles ont fait reculer à 800 000 ans l’âge du dernier ancêtre commun entre notre espèce Homo Sapiens et les néandertaliens. Et même si cette publication n’a pas mis tout le monde d’accord, elle met en lumière l’importance des dents pour étudier l’histoire évolutive des populations humaines. Et les dents, les chercheurs les adorent. 

Et pour quelles raisons ? 

Et bien parce que c’est un matériau qui se conserve merveilleusement bien et qui peut traverser des millions d’années sans se détériorer. 

Christine Verna qui est chercheuse CNRS au musée de l’homme raconte que, pendant longtemps, les dents ont rebuté les paléoanthropologues qui préféraient étudier la morphologie des crânes. 

Mais aujourd’hui donc les scientifiques observent en détail la surface de l’émail qui avec ses reliefs cache des trésors d’informations pour préciser les variations d’un individu et d’une espèce à l’autre. 

Ils peuvent aussi regarder les différences d’épaisseur de l’émail et de la dentine, la forme des racines, leur taille ou compter les stries de croissance pour estimer l’âge d’un enfant.

Et puis les dents renferment des informations essentielles sur l’environnement de la personne et son régime alimentaire. Rien de telle qu’une bonne plaque de tartre dentaire pour faire le bonheur du paléoanthropologue.

Véritable attrape-tout, la plaque dentaire peut raconter à quoi ressemblait le repas de nos ancêtres voire même leurs pratiques d’automédication. Comme cet homme de Neandertal retrouvé en Espagne et qui devait souffrir d’infection dentaire. Dans son tartre a été retrouvé des traces de bourgeons de saules, un antidouleur et anti-inflammatoires naturel qui servira plusieurs milliers d’années plus tard à produire de l’aspirine.

Est ce que les dents peuvent livrer d’autres informations ? 

Oui puisqu’elles ont aussi le très grand avantage de préserver la composition chimique des atomes du vivant des individus. 

On peut ainsi retracer les déplacements d’une population à partir du strontium un élément chimique qui se trouve dans la composition du sous-sol. Par l’érosion des roches, le strontium passe dans les plantes pour entrer ensuite dans la chaîne alimentaire. Les dents deviennent donc des marqueurs de la géologie des lieux et de la mobilité des populations.

Et puis cerise sur le gâteau les dents renferment aussi parfois de l’ADN fossile caché dans les cavités internes des racines. Le graal absolu.  

Vous l’avez compris, les dents sont si précieuses que l’on pourrait écrire une véritable histoire de l’homme à partir de la morphologie de nos quenottes. Pensez donc bien à laisser une petite dose de tartre avant de mourir au cas où les scientifiques du futur tomberaient sur vous par hasard ! 

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