Le fameux masque : cet objet incarne à lui seul la crise du Coronavirus, et le temps semble lointain où nous regardions avec un air condescendant les personnes venues d’Asie lorsqu’elles portaient un masque dans l’espace public.

Au Japon, par exemple, le port du masque est solidement ancré dans les habitudes comme mesure de protection face aux virus mais aussi pour lutter contre les allergies aux pollens. Et actuellement, rapporte la journaliste, Karyn Nishimura, dans Libération, quasiment 100% des passagers des trains et des métros de Tokyo portent un masque, même si ce n’est pas une obligation. 

En France, depuis le 11 mai 2020, le masque est devenu obligatoire dans les transports en commun sous peine d’une amende de 135 euros. 

Une somme qui pourrait presque sembler une broutille comparée aux mesures prises par nos amis du Qatar, qui n'y vont pas avec le dos de la cuiller, puisqu’ils verbalisent les contrevenants à hauteur de 200 000 rials soit l’équivalent de 50 000 euros avec, en prime, un petit séjour de trois ans en prison… histoire de bien apprendre à placer les élastiques derrière ses oreilles. 

Méthode douce, en France

Heureusement, en France, les villes préfèrent la méthode douce, et certaines d’entre elles, comme Strasbourg, ont décidé de mettre en place des "équipages de prévention Covid" pour inciter au port du masque tout en donnant des conseils au public. Il faut dire que la pédagogie auprès des Français est particulièrement utile face à un objet qui révolutionne notre vie quotidienne. 

Dans une tribune au journal Le Monde, l’anthropologue Frédéric Keck expliquait que dans l’idéal des Lumières hérité de la Révolution française, le citoyen moderne et libéré se présente à visage découvert en opposition aux masques dont l’aristocratie se paraît dans les salons. Il poursuit en rappelant que porter un morceau en tissu sur le visage dans notre pays reste perçu comme un signe d’archaïsme et de domination. Le contraire de l’Asie pour laquelle le fait de ne pas porter de masque est perçu comme totalement archaïque. 

«  Cela pourrait expliquer en partie le retard français sur cette mesure de protection »  dit Frédéric Keck. Souvenez-vous d’ailleurs qu’au début de la crise du Covid-19, le gouvernement affirmait que les masques chirurgicaux devaient être réservés au personnel hospitalier et qu’ils ne protégeaient pas le reste de la population. Or, aujourd’hui, ils sont incontournables dans la stratégie de protection avec l’hygiène des mains et la distanciation physique

Un geste citoyen

Porter un masque fait même figure de geste citoyen, afin de ne pas contaminer les autres. Récemment, l'Académie de Médecine préconisait de rendre obligatoire le port du masque dans l’ensemble de l’espace public en affirmant qu’il s’agissait « d’une attitude citoyenne » et que chacun devrait se considérer comme potentiellement porteur du virus, même s'il se sent en bonne santé. La mesure, on le sait, n’a pas été prise. 

Des masques chirurgicaux aux masques grand public, les questions restent nombreuses et nous y reviendrons cet après-midi avec Bruno Duvic dans Le Virus au Carré.  

  • Légende du visuel principal: Le masque devenu le symbole de la crise du Covid-19 © Getty / Stephane Cardinale - Corbis/Corbis
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