Ce matin dans l’édito carré : la perte des contacts tactiles en raison du confinement

Et pour vous en parler, je voudrais d’abord commencer avec le rêve érotique qu’une amie m’a confié. Si si… Cette amie a rêvé… éloignez les enfants du poste… qu’elle était en train de se faire laver les mains au savon par un garçon sublime… torride hein ?

Alors je ne ferai pas de psychanalyse sauvage en cette heure matinale, mais je vois dans ce rêve, l’expression d’une profonde frustration qui puise ses racines dans cette période de distanciation et d’hygiénisme sociale qui nous a fait basculer dans une nouvel ère : celle du « sans contact physique ». Nous le voyons tous, depuis le début de la crise sanitaire, la peur du virus nous maintient corporellement à distance au point que le lavage des mains au savon est aujourd’hui en train de se transformer en une usine à fantasmes.

Dans un article du site The Conversation, le Professeur Fabienne Martin Juchat se demande « si le coronavirus n’annonce pas l’avènement d’une culture de la socialité sans corps, à distance, cachée derrière des écrans ? Et au prix d’une souffrance silencieuse, de la disparition de la tendresse ».

Alors même que le contact corporel est essentiel…

Oui puisque selon les scientifiques, le toucher serait le premier lien d’affection et d’appartenance entre les êtres humains bien avant le langage. Selon le philosophe du corps Bernard Andrieu, le toucher nous constitue en tant qu’être humain depuis les premiers soins jusqu’aux attachements familiaux, amoureux et professionnels. Et selon des travaux de l’Université de Pittsburg publiés en 2014, les accolades et les embrassades auraient même un rôle protecteur en développant nos capacités de défense face aux attaques virales. 

Mais aujourd’hui se toucher et manifester son empathie comme avant n’est plus possible. Et le fait d’être privé de contacts et notamment de présence physique c’est le risque selon Bernard Andrieu de se laisser dériver. On appelle cela « le syndrome de glissement »

On pense, par exemple, aux personnes âgées

En raison du confinement, on note une dégradation brutale du nombre de personnes âgées souffrant de l’isolement et de la solitude. Or le corps a besoin de contacts avec le monde extérieur et les vidéos conférence avec les familles ne pourront pas les compenser. 

Dans les hôpitaux, les gestes de contact avec les patients ont aussi été revus. On parle de « reprogrammation tactile » et on ne sait pas quelles conséquences cela aura sur la qualité de la relation et du soin. 

Drôle de période où les autorités sanitaires nous demandent d’éviter de nous toucher le visage afin de ne pas offrir une porte d’entrée au virus. Et les paris sont déjà ouverts pour savoir si le rituel de la bise va définitivement passer aux oubliettes au si au contraire il sera survalorisé dans les mois qui viennent. 

De tout cela nous reparlerons dans le virus au carré cet après-midi et en attendant Hélène je vous envoie un coronabisou, de loin ! 

  • Légende du visuel principal: Le toucher serait le premier lien d’affection et d’appartenance entre les êtres humains bien avant le langage © Getty /
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