Dans l’édito carré, vous vous intéressez au comportement des foules...

Oui et même si je suis conscient que tout le monde est au bord de la crise de foie après un week-end entier de commentaires et d’analyses sur « l’affaire » des émeutes Nutella ; je vais quand même en remettre une petite couche. 

Jeudi en voyant ces hommes et ces femmes en venir aux mains pour s’emparer de cette saloperie de pâte à tartiner bourrée de sucre et d’huile de palme; on s’est dit spontanément que quelque chose ne tournait pas rond. J’aimerais rapporter ici les mots de cette femme entendus à l’Intermarché de Montbrison qui s’est écriée : « Arrêtez, ma grand-mère est en train de se faire écraser pour du Nutella ». 

Et même si notre inquiétude est grande pour cette mamie craquotte de la Loire, notre première réaction est de généraliser en pensant que les foules sont stupides. Au 19ème siècle, Gustave Le Bon, auteur d’un ouvrage sur la psychologie des foules, considérait déjà sans nuance que les individus en groupe étaient l’incarnation du désordre comportemental et de la bêtise.

Et on serait tentés d’être d’accord avec lui 

En effet, sauf que depuis quelques années, la perception du comportement des foules par les scientifiques est beaucoup plus nuancée. Et c’est l’éthologie qui la première l’a démontré en mettant en lumière l’intelligence collective chez les insectes. Mettez par exemple une colonie de fourmis face à un pot de Nutella et jamais vous ne les verrez s’entretuer. Elles feraient preuve au contraire d’auto-organisation pour ramener sans heurts le butin vers la Reine. 

Chez les humains, le chercheur Medhi Moussaïd, qui travaille sur le comportement collectif explique que l’affaire du Nutella est un cas de « dilemme social » ou l’intérêt du groupe n’est pas compatible avec celui de l’individu. D’un point de vue individuel, la meilleure chose est de passer devant tout le monde pour être certain de bénéficier des 70% de réduction. Le problème c’est que chacun suit le même raisonnement. C’est l’effet d’amplification qui provoque la bousculade et l’hystérie collective. 

Chacun ayant fait au mieux pour optimiser son propre intérêt individuel. 

Est ce qu’il y a des exemples ou la foule fait preuve d’intelligence ?

Oui et ils sont très nombreux. 

Les piétons peuvent par exemple s’auto-organiser sans intervention extérieure pour améliorer le trafic. 

Lors des attentats du World Trade Center en 2001, les personnes qui ont évacué les tours en feu l’ont fait sans se bousculer et avec une remarquable capacité d’organisation et d’entraide. 

Et puis l’humain en groupe est doté de compétences cognitives hors du commun. En partageant ses connaissances sur une infime partie d’un problème, la foule peut devenir un super organisme pensant. En 2011 « Foldit » un jeu vidéo de sciences participatives a réussi l’exploit de trouver en seulement deux semaines la structure d’une enzyme présente dans le virus du sida. Les scientifiques étaient bloqués sur la question depuis 10 ans !

A la lumière de ces observations, je suggère donc de nouvelles promotions pour prouver que la foule peut faire preuve d’intelligence face à une pâte à tartiner. Et si l’expérience réussi Nicolas, je vous offre votre poids en Nutella !... 

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