Les trésors archéologiques en Afghanistan grandement menacés par le réchauffement climatique. Bienvenue dans la vallée de Bâmiyân. Il pourrait ne rien en rester dans une dizaine d’années tant les intempéries ne cessent d’accélérer l'érosion naturelle de ces falaises.

La vallée de Bâmiyân en Afghanista. Ses falaises défigurées depuis 2001 par le dynamitage taliban de ses 3 immenses buddhas
La vallée de Bâmiyân en Afghanista. Ses falaises défigurées depuis 2001 par le dynamitage taliban de ses 3 immenses buddhas © Getty / Eye Ubiquitous / Contributeur

Nous sommes entourés de falaises rosées à cette heure de la journée - falaises déjà défigurées en 2001 par le dynamitage taliban de ses 3 immenses buddhas. Et ce sont désormais celles qui veillent sur cette vallée depuis plus de 10 siècles, la forteresse de Sharh - e - Gholghola et la citadelle Sharh - e - Zohak, à presque 3000m d’altitude, qui menacent de disparaître sous la puissance des éléments, en donc de la guerre et des pillages.

Comment cela se traduit ?

Des coups de vents de plus en plus forts, des intempéries brutales, qui accélèrent l’érosion naturelle et font s’effondrer des murailles, des tours, et peuvent même liquéfier la brique rouge : les trésors se transforment en boue. Et il pourrait ne rien en rester dans une dizaine d’années. L’archéologue Philippe Marquis se demande même, s’il verra cet été une forteresse tout à l’Est du pays, qui tombe littéralement en miettes. Le directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan a déjà vu de ses yeux une mosquée engloutie en 2 heures par une rivière en crue, et regarde aujourd’hui avec inquiétude le minaret de Djam, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais dévoré par le vent, en haut de ses 50 mètres, et l’eau à sa base. Il menace de tomber à tout moment.

Mais rien n’est fait pour protéger les monuments ?

Il faudrait des moyens considérables, que l’Etat afghan ne peut pas mettre en œuvre. Nous sommes en zone de guerre, les sites ont déjà été fragilisés, et puis la seule arme qui pourrait les sauver - la couverture végétale - se fait rare elle aussi, pendant que les phénomènes s’amplifient. D’ailleurs il n’y a pas qu’en Afghanistan que le dérèglement climatique vient ronger le patrimoine et les vestiges inestimables de la civilisation : le désert avance sur les trésors de Tombouctou au Mali, les vagues font vaciller les statues Moaï de l’île de Pâques, quand la glace fondue de l’Arctique laisse partir à la mer des milliers de reliques conservées jusque-là dans le permafrost, car l’homme ne peut pas être partout pour les récupérer. Des objets et des sites en péril, et avec eux la mémoire et la compréhension de notre passé. Nous en parlerons cet après-midi dans la Terre au Carré, non pas avec Indiana Jones mais l’archéologue Philippe Marquis, (et c’est déjà pas mal) !

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