Suite et fin ce matin de votre série d’éditos carrés consacrés au climat à quatre jours du démarrage de la COP24 en Pologne. Notre tendance à nier la réalité du réchauffement climatique ou à minimiser son impact est dûe au fonctionnement du cerveau.

Glacier Perito Moreno, parc national Los Glaciares au sud-ouest de la Patagonie  (Argentine, près de la frontière chilienne)
Glacier Perito Moreno, parc national Los Glaciares au sud-ouest de la Patagonie (Argentine, près de la frontière chilienne) © Getty / Antonio Salinas L.

Nous vivons en ce moment un crise majeure avec un risque important d’effondrement de nos sociétés si nous ne parvenons pas à limiter le réchauffement à plus de 2 degrés d’ici la fin du siècle. Et pourtant alors que tous les voyants sont au rouge, notre cerveau préfère ne pas entendre ce que nous disent les scientifiques. Il est intéressant dans ce contexte de faire appel à la psychologie et aux neurosciences pour comprendre pourquoi malgré l’importance du problème, le climat ne figure pas dans nos priorités. Selon le psychiatre norvégien Per Espen Stoknes, le principal problème dans la lutte contre le réchauffement climatique est justement d’ordre psychologique. Et comme il l’expliquait au Monde il y a un mois, plus les preuves scientifiques du dérèglement s’accumulent, moins les gens semblent préoccupés par les questions climatiques.  

Et comment explique t-il ce paradoxe ? 

Et bien par des barrières mentales qui nous empêchent de voir la réalité en face : et parmi elles : la dissonance cognitive. Nos vies reposent sur un besoin de cohérence avec la façon dont nous nous construisons, or parfois, se mettent à cohabiter des contradictions intérieures, qui entraînent un malaise profond. Le réchauffement climatique par les menaces qu’il projette sur notre avenir et par l’ampleur des mesures qu’il nécessite, crée de l’inconfort en remettant trop de choses en question dans notre existence. Et entre la connaissance du problème et la reconnaissance du besoin d’agir, notre réflexe est de refouler ces informations pour éviter d’y penser. 

Cette tendance à faire l’autruche s’explique d’ailleurs parfaitement par le fonctionnement de notre cerveau. La chercheuse en neuroscience comportementale Sylvie Granon explique dans un ouvrage Le souci de la nature que le cerveau humain n’aime pas les changements d’habitudes qui sont très énergivores et stressants pour l’organisme. Le cerveau favorise donc les comportements les plus automatiques et les plus rassurants possibles afin de diminuer l’impact de ce stress. Notre tendance à nier la réalité du réchauffement climatique ou à minimiser son impact, est donc une façon de d’affronter et de résoudre cette dissonance cognitive. 

Y a t-il une autre barrière mentale ?

Oui toujours selon Per Espen Stoknes, le catastrophisme qui entoure les informations concernant le réchauffement climatique serait contre-productif et conduirait encore notre cerveau à éviter le problème. A force d’être abreuvé d’études anxiogènes il met là aussi en place ses mécanismes de défenses. Bon tout cela évidemment n’est pas une raison pour entretenir l’inaction générale. 

D’ailleurs comme le fait remarquer le philosophe Clive Hamilton, on observe heureusement depuis deux ou trois ans une mobilisation citoyenne plus forte en faveur du climat. Comme quoi nous pouvons non seulement agir contre le réchauffement mais mater aussi un peu notre cerveau pour lui faire comprendre qui est le maître à bord !

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