On va même se mettre dans leur peau … prêt ? plongez…

Nous sommes 8, à 700 mètres de fond dans la Méditerranée… au large de Monaco… et ces clics, que nous produisons, c’est notre façon de communiquer. Alors moi je suis l’un des juvéniles, en position d’éclaireur, j’évalue l’environnement qui m’entoure, pendant que toi, ma mère, nage plus en profondeur, à la recherche de notre proie et nourriture préférée : le calamar… 

Je ne te vois pas, pas plus que les 6 autres membres de la meute, notre famille, qui quadrillent les environs, parce que nous sommes tous à 500m, parfois 1 km d’écart, dans ce noir abyssal… Mais aucune importance puisqu’il y a nos clics, donc, qui nous permettent de nous dire tout ce qu’on perçoit toi en bas, moi haut, les autres loin… des échanges directs, qui guident nos comportements, et nos déplacements, totalement synchrones pendant cette partie de chasse, malgré la distance. Parce que nous sommes coordonnés, maman Ali, nous avons mis en place une stratégie et elle fonctionne à merveille pour croquer le de calamars possible… 

Je rends mon costume de cachalot, Camille… D’où vient cette scène ?

Elle a été captée en janvier dernier par les scientifiques de la mission Sphyrna Odyssey… captée grâce aux signaux bioacoustiques que nous émettons en tant que mammifères marins (je reste cachalot moi), récupérés par des hydrophones flottant à 3km de nous, pour ne pas nous déranger, hein on ne s’est rendu compte de rien. Les chercheurs ont pu analyser, superposer, décrypter ces clics, clangs et codas bref tout notre système collaboratif, et modéliser la scène en 3D… Première mondiale d’après eux, jamais une alliance pendant la chasse n’avait pu être observée dans les abysses, c’est la preuve pour les scientifiques que nous autres cachalots travaillons en équipe, une confirmation de notre exceptionnelle intelligence… et de notre vulnérabilité au bruit.  

Pourquoi ? 

Parce que pour bien se comprendre, surtout à des centaines de mètres d’écart, il faut du calme… Or, le trafic maritime, ou les travaux, bref les activités humaines, provoquent un énorme boucan dans l’eau, même profonde. Pollution sonore avec laquelle nous sommes en perpétuelle compétition, et c’est notre survie qui est en jeu : c’est calme et on peut appliquer nos stratégies de chasse, donc bien manger… Idem pour nous reproduire… Ces études permettent de mieux nous protéger. Et c’est l’écoacousticien Hervé Glotin à l’origine de ces observations qui vous le racontera cet après-midi dans la Terre au Carré avec plein d’enregistrements dans sa besace. Moi en attendant je retourne nager…

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.