Daniel Fievet nous emmène en Côte d’Ivoire observer des fourmis qui présentent un comportement unique dans le règne animal.

Fourmi matabele (Megaponera foetens), Formicidae. Illustration par Bridgette James.
Fourmi matabele (Megaponera foetens), Formicidae. Illustration par Bridgette James. © Getty / DeAgostini

Les fourmis Matabele

Ce sont de redoutables chasseuses de termites. Leur stratégie est très élaborée. D’abord des éclaireuses vadrouillent pour repérer les sites où se ravitaillent les termites. C’est là qu’ils sont le plus vulnérables. 

Dès qu’une éclaireuse a localisé un groupe de proies, elle rentre au nid et recrute entre 100 et 800 compagnons d’arme (en fonction du nombre de termites à chasser). La troupe se met alors en route avançant en rang et en colonne. 

A l’approche des termites, l’éclaireuse devenue cheffe de raid donne un signal pour que la colonne s’immobilise et se réorganise puis, les fourmis, ensemble, se ruent sur les termites dans une attaque surprise. En moins de 15 minutes la bataille est terminée. Les fourmis procèdent alors au ramassage des 500 à 2000 cadavres de termites qu’elles emportent dans leur garde-manger.

Un comportement de chasse étonnant, pour lequel un étudiant en Biologie, Erik Frank, s’est pris de passion alors qu’il effectuait un stage en 2013 dans le Parc national de la Comoé en Côte d’Ivoire.

Il a donc passé des journées entières à observer des raids de fourmis. Mais pour savoir quoi ?

Le déroulement de ces attaques éclaires soulève plein de questions intéressantes sur l’organisation et la transmission des informations entre les fourmis. Mais Erik Frank a rapidement fait une découverte assez incroyable qui a accaparé toute son attention. Il s’est aperçu que quand une fourmi perd une patte au combat, ses congénères la transportent jusque dans la fourmilière puis la soignent. Autrement dit : Les Matabele prennent soin de leurs blessées.

En s’intéressant à ce comportement inattendu, le jeune chercheur a montré que les fourmis blessées sécrètent une substance chimique (une phéromone) pour appeler à l’aide leurs congénères. Mais attention, toutes les blessées ne sont pas secourues. Celles auxquelles il manque 3 pattes ou plus sont abandonnées sur le champ de bataille. Seules les fourmis qui ont perdu 1 ou 2 pattes sont prises en charge et une fois soignées elles repartiront au combat. 

Mais les blessées sont réellement soignées au sein de la fourmilière ?

Oui, à l’intérieur du nid, les autres fourmis se précipitent vers les blessées pour lécher leurs plaies. Grâce à ses soins les estropiées survivent quasiment toutes alors que sans ce traitement 80% meurent.

Selon Erik Frank qui est aujourd’hui chercheur en biologie à l’université de Lausanne, jamais un tel comportement de soin n’avait été observé dans le règne animal. Et en prime ces recherches pourraient déboucher sur la découverte d’une nouvelle classe d’antibiotique.

Pour en savoir plus sur cette aventure scientifique et humaine je vous recommande le livre passionnant écrit par Erik Frank, avec la journaliste Camille La Voix intitulé « Combattre, sauver, soigner - Une histoire de fourmis » chez CNRS éditions

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