Le musicien Bernie Krause enregistre des sons dans la nature, il est le fondateur de la bioacoustique. Mathieu Vidard nous explique comment fonctionne cette discipline, et ce qu'elle révèle de notre société.

Prenons le temps d'écouter la forêt, on y apprend des choses précieuses
Prenons le temps d'écouter la forêt, on y apprend des choses précieuses © Getty / Mary Johnson / EyeEm

Dans les années 1960, Bernie Krause a été la star des ingénieurs du son, travaillant pour les Doors, Peter Gabriel ou Brian Eno. 

Un jour de 1967, sa vie a basculé 

En réalisant une prise de son pour un album dans une forêt californienne, il est saisi par la beauté de ce qu’il entend. Depuis cette date, il n’a cessé de parcourir le monde pour enregistrer les habitats naturels en voie de disparition. C’est lui qui a donné naissance à la bioacoustique.  Un article paru dans Science il y a quelques jours soulignait l’importance grandissante de cette discipline qui analyse la richesse sonore des paysages.

En quoi consiste la bioacoustique ? 

L’idée est de poser des micros dans un endroit précis pour surveiller toutes les espèces animales qui cohabitent afin de comparer leur évolution sur un temps plus ou moins long. 

La bioacoustique est particulièrement utilisée dans les océans pour compter les cétacés ou dans les forêts tropicales profondes difficiles à surveiller par les satellites. 

Dans ces milieux sans grande visibilité, les animaux utilisent abondamment la voix acoustique comme canal de communication. 

Le bioacousticien du CNRS Thierry Aubin a par exemple enregistré à différents moments de la journée des petites grenouilles endémiques vivant sur les pentes du volcan de la Soufrière en Guadeloupe, pour faire un état des lieux de leur population. 

En métropole, la bioacoustique a été utilisée dans différents massifs montagneux pour le suivi des loups en meute lors des hurlements collectifs. 

Cette discipline peut aussi analyser les sons produits par l’homme pour comprendre quel est l’impact des tracteurs, des bulldozers ou des tronçonneuses sur l’habitat des animaux. 

Comment distinguer les différentes espèces ?

Les animaux évitent en effet la plupart du temps de superposer leurs cris. Des espèces différentes de cigales qui vivent au même endroit dans la forêt tropicale chantent par exemple de façon décalée dans la journée pour ne pas se chevaucher. 

Les vrais ennemis des micros sont la pluie et le vent qui brouillent toutes les pistes.

Après cinquante années passées dans tous les milieux de la planète, Bernie Krause possède une somme d’enregistrements qui représente un véritable trésor sonore de la biodiversité mondiale. 

Malheureusement son travail montre à quel point les activités humaines ont endommagé et perturbé la vie des espèces animales au point que certains milieux sont devenus tristement silencieux

Il emploie même le terme médical de « dysphonie » qui désigne une altération sonore de la parole. 

Bernie Krause affirme que les tendances à la dysphonie dans les habitats naturels indiquent clairement que nous perdons à une allure croissante et préoccupante la voix du monde sauvage. 

Pour découvrir et écouter son travail formidable, vous pour pouvez aller sur le site internet du Grand orchestre des animaux. 

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