La crise du coronavirus va t-elle accélérer ou ralentir la transition écologique ? Cette question revient de plus en plus souvent dans les fils de discussion tellement l’urgence climatique semble être totalement passée sous les radars.

La crise du coronavirus va t-elle accélérer ou ralentir la transition écologique ?
La crise du coronavirus va t-elle accélérer ou ralentir la transition écologique ? © Getty

Ne nous y trompons, même si les eaux du canal de Venise ont retrouvé leur limpidité et même si New Delhi, la capitale mondiale de la pollution, a vu ses niveaux de particules fines tomber sous des seuils historiques, tout laisse à croire que cette parenthèse enchantée sera de courte durée

Comme le rappelait la climatologue, Valérie Masson Delmotte mardi à nos confrères de France Info : 

Il n’y a aucune raison de se réjouir de la situation actuelle et ce n’est pas une baisse ponctuelle de la pollution qui va régler la question du changement climatique. 

Le chercheur François Gemenne enfonce le clou en mettant en garde contre ces illusions. Il pense même au contraire qu’à long terme, cette crise sera une véritable catastrophe pour le climat avec des gouvernements qui pourraient, au nom de la relance économique, remettre en cause les mesures de lutte contre le changement climatique 

Qu’est ce qui peut laisser penser cela ? 

Pas plus tard que jeudi, on apprenait par exemple que l’EPA (l’agence américaine de protection de l’environnement, dont on peut se demander si elle mérite encore son nom) avait décidé de mettre en place pendant toute la durée de l’épidémie de coronavirus, une suspension radicale de son application des lois environnementales envers les entreprises qui seraient amenées à polluer. 

Aux USA, l’industrie ne sera donc pas sanctionnée même si elle émet une pollution illégale de l’air et de l’eau tant qu’elle montre que ces défaillances sont causées par le coronavirus, qui décidément à bon dos. Ce véritable permis de polluer offert sans date d’expiration, n’est peut-être que le début d’un grand rétropédalage. 

N’y a-t-il rien qui puisse nous laisser optimistes ? 

C’est vrai que l’on entend beaucoup dire que cette crise sanitaire pourrait nous permettre d’expérimenter de nouvelles formes d’organisations productives, de nouveaux comportements et des politiques ambitieuses qui facilitent la réduction des nos rejets de CO2.

Mais nombreux sont ceux qui ne croient pas du tout à une embellie soudaine. 

Gaspard d’Allens sur le site Reporterre.net rappelle qu’en 2008 au sortir de la crise financière, on avait assisté à un rebond des émissions de CO2. Et que certains pays pour relancer l’activité économique le plus vite possible pourraient rouvrir leurs usines à charbon et faire des choix d’investissement dans les énergies fossiles. 

François Gemenne conclue en disant que le changement climatique n’est pas une crise comme le coronavirus, c’est une transformation irréversible. Il n’y aura pas de retour à la normale et pas de vaccin. 

De quoi méditer pendant ces longues heures de confinement avant de ressortir le nez dehors et rallumer les moteurs de nos voitures. 

Urgence climatique et coronavirus, on en parle cet après-midi avec Bruno Duvic dans le Virus au carré. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.