Mathieu ce matin dans l’édito carré, vous abordez les rapports complexes du mangeur face à son l’assiette…

Oui et je ne sais pas si vous avez remarqué Nicolas à quel point il est devenu très compliqué d’organiser des petites bouffes improvisées pour ses amis ou sa famille.

La copine Caroline est devenue Vegan, Satchie est passé à la macrobiotique, Alban au flexitarisme, Jun au sans gluten et votre nièce Mathilde a adopté sans prévenir le régime paléolithique !    

Fini l’époque bénie ou la France glissait sans moufeter ses jambes sous la table pour manger ce qu’il y avait sur la nappe à carreaux. 

Préparer un repas est devenu un tel casse-tête qu’il faudrait inventer un algorithme spécifiquement dédié à la résolution du problème.

Et que se passe t-il exactement avec notre assiette ? 

Et bien on assiste un peu partout dans le monde, à un effondrement de la confiance vis-à-vis de l’alimentation. Le mangeur est devenu totalement paranoïaque, se nourrir ne va plus de soi et tout ce qu’on lui sert devient suspect. Une tendance lourde qui selon le sociologue de l’alimentation Claude Fischler a commencé dans les années 70 avec l’essor de la grande distribution et l’industrialisation des aliments. Et les crises successives n’ont rien arrangé : depuis les huiles frelatées espagnoles à la viande de cheval planquée dans les lasagnes en passant bien sûr par la vache folle, le poulet à la dioxyne et l’arrivée des OGM. 

Sans compter les messages totalement anxiogènes et contradictoires délivrés par les nutritionnistes ou les médecins concernant le caractère cancérogène de la viande rouge et de la charcuterie. 

Au milieu de cette cacophonie tout le monde y perd son latin, incapable de savoir ce qu’il peut avaler sans risquer de terminer son repas dans les allées du Père Lachaise. 

Du coup pour tenter de remettre un peu d’ordre dans ce bazar, chacun s’invente de nouvelles règles alimentaires pour contrôler au mieux la situation.  

Et ça se traduit comment ? 

Et bien par un contrôle permanent sur notre assiette et une vision très binaire des choses afin d’avoir le sentiment de contrôler notre santé. D’un côté les bons aliments : naturels, bio et non raffinés et de l’autre la mauvaise nourriture industrielle et transformée.

Un lien avec les aliments qui tourne parfois au pathologique. C’est ainsi qu’au début des années 2000, un médecin américain Steve Bratman a fait émerger un nouveau comportement qu’il a nommé « l’orthorexie ». Cela désigne les personnes qui s’imposent des règles quotidiennes très strictes pour manger sainement. Pour ces personnes à la morale diététique très poussée, les aliments deviennent des médicaments et l’assiette se confond avec l’armoire à pharmacie. Cette recherche de la perfection alimentaire illustre bien l’individualisme et la quête de santé parfaite qui a façonné notre société. 

Mais rassurons-nous car selon Claude Fischler, la convivialité et la partage ne sont pas morts  et l’on voit émerger toute une génération de jeunes gens passionnée par la cuisine et heureuse de défendre une certaine idée de la frugalité gourmande. Et c’est eux qu’il faut vite inviter à diner Nicolas… 

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