Les Français sont-ils prêts, comme les Suisses, à abandonner leur voiture ?

Paris sans voiture
Paris sans voiture © Getty

C’est en effet la conclusion étonnante d’un vaste programme d'études que la Suisse a financé pendant 4 ans à hauteur de 1, 5 millions d’euros. Le projet baptisé Postcarworld, le monde après la voiture,  a réuni des chercheurs de tous horizons. Des sociologues, des urbanistes, des géographes,  des ingénieurs du transport et même des politiciens….

Ils ont rendu publics leurs  résultats très récemment. Et oui , pour les Helvètes, un monde sans voiture est possible. En dépit des contradictions relevées par les chercheurs, nos voisins sont prêts pour ce profond changement de société.

D’abord, il y a des signaux forts que, pour certains, nous partageons. 

La conscience des effets négatifs de la pollution… 

500 000 morts prématurées chaque année dans l'Union Européenne, c'est un chiffre qui marque. Et puis  le statut de la voiture qui a récemment changé. Elle n’est plus signe de modernité. Dans leur majorité, nos voisins sont prêts à renoncer à  en acheter une au profit d’autres modes de déplacement. Le covoiturage, les voitures en autopartage,  les transports publics ….

Déjà à Lausanne , Lyon ou Paris, moins d’un foyer sur deux possède une auto. Partout, hormis en Afrique et en Asie, les ventes stagnent ou baissent. Et chez nous , on note aussi un recul de l’âge auquel on passe son permis. Se former dès 18 ans à la conduite, à quoi bon quand il existe des services comme Blablacar ?

Autre signal fort mis en lumière par les chercheurs suisses : la transformation de l’espace urbain.  

Autrefois construit en donnant la priorité à la voiture,  il fait désormais la part belle aux piétons.  Et oblige les automobilistes à s’adapter. En choisissant de plus en plus le transport multimodal . Le trajet est segmenté en train,  tram , métro, scooter électrique, vélo …

Se passer des voitures à l’échelle d’un pays  est-ce économiquement possible ? 

A l’échelle de la Suisse, oui dit l’étude.  A condition de faire basculer une partie du budget consacré à la route vers le développement des transports publics et de nouvelles infrastructures.

Des trottoirs roulants par exemple, des voitures autonomes partagées. En ville, un voiture électrique sans chauffeur pourrait remplacer 30 voitures thermiques individuelles.  Il faudrait aussi augmenter le télétravail. 

Tout cela est-il transposable à notre pays ? Pourquoi pas ? Encore que le territoire français n'a pas grand chose à voir avec la Suisse. Les déplacements sont plus longs. Attention également ont montré les sociologues à ne pas négliger les freins et les résistances. 

Les franciliens – encore eux – ont ce même désir d’abandonner la voiture… Désir que  les pouvoirs publics n’ont pas su anticiper. Les transports publics sont aujourd’hui  sous dimensionnés.

Tout aussi intéressants les travaux sur la norme sociale ou les habitudes . Plus elles sont ancrées, moins le changement de comportement aura lieu. D’où l’intérêt d’utiliser des moments charnières de la vie  comme les années universitaires. Aidons les étudiants à se rendre au campus sans voiture. Ils en conserveront une hygiène de déplacement !

Le monde sans voiture apparaît donc plus plausible qu’il y a 20 ans. Mais des contradictions fortes persistent. L’objectif de développement durable d’un côté, le droit de choisir son mode de déplacement de l’autre.

Un droit à la mobilité peut-il s’opposer à un autre droit ? Le droit à la santé  par exemple ? 

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