Je suis juste un déchet radioactif. On ne représente avec les copains que 3% de l’ensemble des déchets - mais on peut rester nocifs quelques centaines de milliers d’années.

Manifestants devant le palais de justice de Nanterre, le 5 janvier 2015 : ils s'opposent au projet de l'ANDRA qui prévoit d'enterrer les déchets nucléaires sur un site situé à proximité de Bure.
Manifestants devant le palais de justice de Nanterre, le 5 janvier 2015 : ils s'opposent au projet de l'ANDRA qui prévoit d'enterrer les déchets nucléaires sur un site situé à proximité de Bure. © AFP / CITIZENSIDE / JALLAL SEDDIKI / Citizenside

Personne ne veut de moi ! Je suis juste un déchet radioactif, c’est tout. On représente avec les copains que 3% de l’ensemble des déchets. Certes, je peux être radioactif des dizaines à quelques centaines de milliers d’années. Après s’être fait jetés des Deux Sèvres, de l’Ain, de l’Aisne, du Maine et Loire, ils ont trouvé un lieu formidable à Bure, boisé, champêtre, 82 habitants, 6 au km2, un coin où vous avez plus de cartes Vermeille que de jeunes à casquette, des gens près à la manif' si on leur retire Julien Lepers mais sinon depuis la guerre, il n’y a jamais eu d’opposition dans le coin. Et comme ce n’est pas le lieu le plus fréquenté pour les vacances non plus … un sous-sol plein d’argile, c'est idéal !

Alors oui, à l’époque, on a vendu aux habitants un centre de recherche ; et ils se réveillent avec un centre d’enfouissement. Ça, c’est le manque de culture scientifique en France. Bah oui, on ne fait pas la différence entre un laboratoire et une poubelle radioactive !

Et pourtant, on a essayé d’acheter les consciences, d’arroser … Non pardon, je retire ce que j’ai dit : on a compensé et aidé au développement du canton en zone rurale ; ce n'est pas pareil. Il y a des nuances. Et c’est une réalité : jamais ils auraient refait le stade de pétanque.

Combien ? En volume, 80 000 m3 de colis dans le cimetière creusé à 500 m sous terre ; ce sera la Toussaint tous les jours.

L’actualité, c’est chaud bouillant ! Moi le gentil déchet, je quittais le Cotentin, me faisais à l’idée d’arriver entre la Meuse et la Haute Marne, je ne connaissais pas.

Ca ne coûte pas très cher de m’enfouir : 3 EPR à 10 milliards pièce ou 6 fois le sauvetage d’Areva à 5 milliards. Mais le nucléaire c’est écologique. Ils n’ont pas encore osé dire que c’était renouvelable ; mais les emmerdements pour les enfants, eux le sont déjà.

Les jeunes, allez-y ! Vive la recherche pour me rendre inoffensif ! « Les vieux ont rempli la poubelle, maintenant c’est à vous de la descendre et de la vider ». C’est un raccourci philosophique.

Au-delà de la castagne assez violente localement, c’était pas mal parti pour moi. « Tu dormiras sous le Bois Lejuc ». Et le 2 juillet 2015, le village de Mandres-en-Barrois, métropole de 127 habitants, échangeait son bois Lejuc en le refilant à l’Andra contre une autre forêt. Comme on n’a pas voulu déranger - preuve d’un grand savoir vivre, très respectueux du voisinage - le conseil municipal s’est réuni à 6h du matin pour voter. On se lève tôt dans la Meuse et ça permet de profiter plus longuement des journées d’été.

Hop ! Ce 28 février, la délibération est retoquée par le Tribunal administratif de Nancy. Donc le Cedra, le collectif contre l’enfouissement, a sorti le Champagne. Ou plutôt le Champomy car ils ont un peu moins de moyens que l’Etat.

Moi, déchet radioactif, qu’est-ce que je vais devenir ?

Déjà on me traite de cochonnerie ou de saloperie … c’est pas très gentil, je vous ai permis, ingrats que vous êtes, de charger vos portables, vos ordinateurs qui vous offrent le plaisir de gueuler contre le nucléaire ou de jouer à des jeux débiles durant des heures…

Je deviens quoi ? Vous me mettez dans un avion, un charter ?

Vous m’envoyez me faire voir ailleurs, en Asie centrale dans le désert Taklamakan ? Le désert de Gobi ? Chez les Africains qui recyclent déjà, dans la joie, nos produits électroniques occidentaux ? Dans la Manche, comme dans les années 60 dans la fosse des Casquets ? Dans l’espace ? On pourrait me refiler à Thomas Pesquet, plutôt que de twitter sans arrêt et de prendre des photos, il ouvre la fenêtre de son F5 à 400 km au-dessus de nos têtes et zou ! Ni vu, ni connu, les déchets satellisés ! Ben, non tout ça on a plus le droit. Les écolos vont encore gueuler.

Je rends service, personne ne m’aime !

Peut-être que chaque français pourrait en prendre un petit bout : chacun ferait son colibri. Vous ne voulez pas ?!

Alors restez avec vos perturbateurs endocriniens, mais trouvez moi quand même un Epad qui me va bien.

Je vous le dis, déchet radioactif ce n'est pas un métier !

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