Rouges,vertes ou bleues : cap sur les boues avec Denis Cheissoux !

La Provence vue du Ciel : rejets de l'usine d'alumine d'Altéo ( ex Péchiney ) à Gardanne qui vont se déverser ensuite dans les calanques
La Provence vue du Ciel : rejets de l'usine d'alumine d'Altéo ( ex Péchiney ) à Gardanne qui vont se déverser ensuite dans les calanques © Maxppp / PHOTOPQR/LA PROVENCE

Approchez, approchez, regardez comme elle est belle ma boue ! De la vraie boue, pas grise, marron ou noire - non, colorée, orangée. Elle brille sous le soleil, elle brille sous le regard. Oui elle danse, oui elle bouge ; elle a même appris à nager, dans la Méditerranée, ma jolie boue made in France.

C’est de la vraie bonne boue et en plus... elle a de bonnes joues rouges. Elle a l’accent du midi, de Gardanne, de Bouc Bel Air. Elle bronze, ses mollesses étalées au soleil. Oh non, elle ne fait pas la fière. C’est de la gentille boue rouge.

Ce n’est plus une gamine elle a soufflé ses 50 bougies. 1893 : date de naissance - et depuis 1966 elle en a usé des tuyaux.

Je vous raconte son histoire …

On a eu les bonnets rouges qui ont plié une des meilleures choses qui pouvaient arriver aux transports : l’éco taxe ... on a eu les bonnets rouges, mais plus fort encore on a les boues rouges bien de chez nous !

Après un joli bout de canicule en août, patauger dans la boue n'est plus qu'un lointain souvenir. Sauf au large de Cassis, et cette semaine au sein d’une partie du gouvernement, on a pataugé aussi. Dans les deux cas, la boue y est envahissante et prend la teinte rouge de la colère. Entre M. Valls et Mme Royal, cette colère déborde désormais à ciel ouvert. Moins discrètement que le contenu d'un pipe-line, long de 55 km dont 7 en mer qui déverse gaiement au quotidien, ses 5% de résidus liquides après filtrage en pleine mer à 320 m de fond dans le canyon de Cassidaigne . Vive l'usine Alteo implantée dans la ville de Gardanne, ville rouge également.

Entre Royal et Valls, l’une a la sensibilité écologique, l’autre tauromachique et les boues font chiffon rouge

Euh, n'y a-t-il pas moyen d'éviter de tels agissements ? Un industriel n'est-il pas responsable des déchets que son activité produit ? Comme vous y allez mon cher !… Vous pensez que c'est gratuit tous ces processus de traitement imposés par des réglementations tatillonnes ? Vous croyez sans doute qu'un fonds de pension étas-unien, quand il a la bonté de posséder une telle usine, a du temps et de l'énergie à perdre pour trouver le procédé miracle conduisant au « zéro déchet » ? Et puis, dîtes-moi mon brave, vous voulez renoncer à vos écrans plats à cristaux liquides, vos dentifrices, nos sous marins qui réclament leur becquée d'alumine premier choix produite par Alteo ? Ah bah oui, il faut être cohérent. Les boues rouges, ne sont pas directement l’œuvre du bon Dieu durant ses sept jours de boulot, ce sont le résidu de la fabrication d’alumine, d’oxyde d’aluminium à partir de la bauxite,

Et puis, si l'on commence à empêcher les gens de travailler sous prétexte qu'ils font crever les poissons, on n'a pas fini. Vous croyez que c'est mieux d'avoir 1000 personnes de plus au chômage, hein ? Et si l'usine ferme pour cause de pollution ingérable, qu'est-ce qu'ils vont dire les sondages ? Et les électeurs, hein ? Vous croyez que ça vote un rouget ou une daurade ?

Alors, franchement, Mme la Ministre, est-il encore de bon ton de se fâcher pour si peu ? Qui aujourd'hui se mettrait en rogne pour quelques milliers - ou même millions - de tonnes de substances toxiques rejetés dans ce qui reste la poubelle idéale, à savoir la Méditerranée ?! Bon, c'est sûr, le déversement s'effectue au beau milieu du Parc national des Calanques ? Et alors ? La pollution perdure depuis 50 ans ? Bagatelle ! Mieux, depuis le 28 décembre dernier, ce rejet s'effectue avec la bénédiction du Préfet des Bouches-du-Rhône ? Peccadille ! Les poissons pêchés dans ce secteur pollué, étendu comme 10 fois la ville de Marseille, ne seraient qu'à peine consommables ? Du calme, les intoxications au mercure, c'était bon pour les pêcheurs de la Baie de Minamata au Japon. Nos rejets de toxiques tricolores n'ont rien à voir avec ces cochonneries nipponnes qui de toute manière, sont d'une autre époque.

Non, ce qu'il nous faudrait, plutôt que de chercher à éradiquer ces malheureuses boues rouges, ce serait plutôt d'en dénicher d'autres. Oui, un filon de boues nouvelles. Des blanches, et des bleues aussi. Avec des boues aux couleurs du drapeau national, à n'en pas douter, le pays serait sauvé !

Et pourtant la boue c’est la vie.

La boue, c’est de la terre et de l’eau du ciel. Ça colle, ça s’agrippe. Ça fait floc sur les bottes des enfants, ça fait bloc sur celles des éléphants. Ça fait tache quand on dit : J’ai été trainé dans la boue !

Et pourtant la boue c’est la vie.

Et c’est bien l’avis des hirondelles, qui en habiles maçonnières s’en font des nids, nids des hommes à colombages, pisé, terre glaise, de la boue qui entre les mains et l’intelligence humaine se pétrit, à l’aise.

Rouges, vertes, blanches ou bleues, grises marrons ou noires. Ne soyez plus vent debout, en criant haro sur les boues, mais la boue rouge, c’est ma boue ? non c’est tabou.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.