Petit focus sur les fleurs coupées, qui vont être abondamment échangées mardi, pour la Saint Valentin. Des fleurs, oui, mais sans doute pas n’importe lesquelles.

Préparation pour la Saint-Valentin chez un fleuriste
Préparation pour la Saint-Valentin chez un fleuriste © Getty / Yuri Smityuk

Dîtes-le avec des fleurs ! Et plutôt deux fois qu’une !.. à la St Valentin... mais sans doute pas avec n’importe lesquelles !... Voilà le message que nous susurre à l’oreille cette semaine, Reporterre, le magazine de l’écologie sur Internet.

Fleurs que nous Français - peuple autant sentimental que bucolique - importons gaillardement, essentiellement depuis le pays des tulipes et des moulins à vent, qui lui-même pratique une cueillette intensive dans les pays du Sud, depuis le Kenya notamment.

Séduisantes mais ces jolies fleurs ont un côté « peau de vache », et nous dissimulent quelques surprises passées sous silence par les producteurs. Ben oui, autant de beauté cache une gourmandise sans bornes en énergie, en eau et en produits chimiques. Une chimie pas toujours homologuée que des ouvriers payés au lance-pierres appliquent au mieux … en bermuda. Bah, le salarié kenyan résiste à tout !

La plus grande vente de fleurs se prépare pour la Saint-Valentin
La plus grande vente de fleurs se prépare pour la Saint-Valentin © Getty / Christopher Furlong

Et puis, pour être sûr d’obtenir de magnifiques floraisons, il faut bien gaver en fertilisants des sols qui n’en peuvent déjà plus ! Il est intéressant de constater que même en incluant le transport aérien vers l’Europe, une rose kenyane émet six fois moins de CO2 qu’une rose néerlandaise bichonnée dans des serres surchauffées, plein pot !

Champ de tulipe aux Pays-Bas
Champ de tulipe aux Pays-Bas © Getty / Daniel Bosma

En somme, côté intrants, c’est le bouquet !... donc restez « fleur bleue » mais le regard langoureux de votre Marguerite, Eglantine Violette, Jacinthe, Garance, Anémome, Capucine, Iris, Angélique ou Marie Rose adorée est à ce prix. Déconseillez-lui cependant de plonger son museau charmant dans votre cadeau ; les rhinites allergiques, les risques cutanés et parfois l’asthme, pourraient bien plomber votre soirée de tourtereaux.

« Mon Amour, pourquoi tu te grattes soudain le nez aussi frénétiquement tout en éternuant partout ?... »

Finalement, c’est tout bête, si peu à peu le message consistant à manger des légumes de saison fait laborieusement son chemin, pour les fleurs, la question reste bloquée sur « pas du tout ». Comme ça ne se mange pas, pas de réglementation et pas de limite dans l’overdose des produits chimiques employés.

Pour bien faire, il faudrait que les effets du réchauffement climatique se fassent rapidement sentir. On pourrait alors faire pousser dans notre bel hexagone, des roses en plein air, en plein hiver. Ah, si l’industrie chinoise, Donald Trump et Claude Allègre ne lambinaient pas tant, nous n’en serions pas là !...

En attendant ce plein essor de l’horticulture française, que peut-on faire ?

N’y a-t-il pas de fleurs locales issues de l’agriculture biologique ?

Eh bien si ! Sauf qu’elles sont à peu près aussi faciles à trouver que l’âme sœur. Mais les possibilités écoresponsables existent bel et bien, comme à « Fleur de cocagne », première structure à cultiver des roses bio en France. Le projet est porté par l’association Paris Cocagne et a été lancé à Avrainville, en Île-de-France. En gros, des solutions alternatives ne demandent qu’à fleurir, même si elles ne sont encore qu’en boutons.

Maintenant, si à l’aube de la St Valentin, toute cette histoire de fleurs vénéneuses vous a laissé à fleur de peau, songez pour vous rassurer, au côté éphémère de l’amour.

Question écolo-philosophique : l'amour est-il aussi peu durable que le développement ? Alors, offrez un bouquet de jolies branches mortes coiffées de papier crépon à votre Dulcinée, ça au moins, c’est de saison et le bilan carbone est franchement positif.

D’accord c’est un peu un crash test mais si ça passe, c’est qu’elle vous aime vraiment !

Wouah, vous vous rendez compte ? Le Cheissoux et Albert Houcq viennent ni plus ni moins de taillader la St Valentin ! Un peu comme les sbires d’Al Capone l’avaient fait en 1929.

Allez, pour écouter l’émission : tout le monde réajuste son œillet à la boutonnière…

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