Quand des sénateurs demandent une enquête parlementaire sur les mouvements animalistes...

Matador vu de dos pendant une corrida
Matador vu de dos pendant une corrida © Getty / Schira Kosmin Rudi / EyeEm

Un colloque organisé au Palais du Luxembourg le 4 octobre s'intitule « L’Homme et les animaux : vers un conflit de civilisations ? », par l'Observatoire National des Cultures Taurines. Son président, André Viard, avait tweeté (en espagnol) le 9 janvier 2015, deux jours après la tuerie de Charlie Hebdo : « Charlie Hebdo est le journal le plus violent en France, pour preuve, son travail anti taurin. Je ne suis pas Charlie ».

Des aficionados ont réagi défavorablement à sa déclaration et l'Observatoire a tenu à diffuser un communiqué sans ambiguïté afin de rappeler que l'association est Charlie mais pas l’ancien matador.

Il y avait la caution de Michel Vauzelle député des Bouches-du-Rhône, d’un psychiatre Joël Pon :

Quel modèle de société voulons-nous offrir à nos enfants? Une société aseptisée ? (...) les enfants ont besoin de héros comme la corrida peut en offrir.

C’est beau ! Françoise Dolto aurait aimé.

Sauvons nos enfants d'une société -oui, aseptisée !- en leur offrant des héros qui font couler du sang animal. Malheureusement le Comité des Droits de l'Enfant de l'ONU ne dispose pas de spécialistes de l’envergure de ce psychiatre, dommage.

Un vice-président de la FNSEA a glissé :

Les médias ne nous aident pas à faire la promotion de l'élevage français qui est plus familial que ce que l'on dit.

Pour le taureau, c’est assez vrai et ils sont souvent bien élevés. C’est juste à la fin de leur vie en quittant les manades que ça se gâte un peu.

Et le 5 octobre, les maires de l’Union des 80 Villes Taurines de France ont signé une « Charte pour les libertés et la diversité des cultures » qui conclut sur l'inscription de la culture taurine à l'inventaire du patrimoine culturel de la France... alors que cette inscription n'existe plus aujourd’hui.

Cerise rouge sang sur le gâteau de fin : au terme de cette journée, des sénateurs vont demander une enquête parlementaire sur les mouvements animalistes. Le sénateur PS des Landes, Jean-Louis Carrère, va demander la création de cette commission sur le mouvement animaliste, estimant que l’État ne peut «fermer les yeux sur sa montée en puissance », a annoncé mercredi sa collègue des Landes, Danielle Michel (PS). Si vous êtes contre la chasse à l’ortolan, le gavage industriel des canards et la tauromachie dans les Landes ... vous oubliez tout de suite l’ambition d’être représentant du peuple et vous changez de métier.

Les participants au colloque critiquent la modification apportée au Code civil « sous la pression des mouvements animalistes » pour y introduire les animaux en tant qu'« êtres vivants doués de sensibilité ». Comme si un taureau - qui reçoit quoi ? Une petite frappe chirurgicale sous forme de piqûres améliorées - pouvait souffrir et avoir une sensibilité en dégueulant tripes et boyaux sous le regard attendri des enfants du business taurin.

Selon eux :

[l’animalisme] a entrepris de modifier le rapport de l’Homme aux animaux, tel que les religions, l’humanisme et le droit l’avaient établi depuis les débuts de notre histoire.

On ne mollit pas, même si ces mouvements peuvent regrouper le pire et le meilleur.

A part que la peine de mort pour les taureaux en France est très récente.

Il faut que cette commission étudie la réalité de ce phénomène inquiétant dont les ramifications et le financement s’étendent dans le monde entier.

A côté, Google, Facebook, Lehman Brothers et les autres c’est la fondation Abbé Pierre.

Pendant que vous y êtes, une enquête sur le business taurin serait la bienvenue.

Pour eux, il y a un « danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l’humanisme et celles qui prétendent lui substituer l’idéologie animaliste ». M Carrère a ajouté : « Pays des droits de l’Homme, la France ne doit pas permettre que ceux-ci soient plus longtemps bafoués ».

Le Président du Sénat Gérard Larcher disait : « Au fond, ce n’est pas de l’animal dont il s’agit, mais bien de la place de l’Homme, c’est à dire de savoir si l’Homme possède une spécificité différente par rapport à toutes les autres espèces ».

Oui, il a une conscience et ils ont oublié de citer Gandhi :

La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux.

Léonard de Vinci :

Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd'hui le meurtre des êtres humains.

Ah la vache ! les sénateurs ont décidé de placer quelques banderilles dans le dos des défenseurs de la cause animale suspectés d'incarner une nouvelle Internationale terroriste aux ramifications autant douteuses que cosmopolites. Rien de moins qu'une commission d'enquête parlementaire ! Bref, les matadors du Palais du Luxembourg devant le péril que présentent les dangereux animalistes sont descendus dans l'arène.

On les aurait souhaités moins belliqueux ; par exemple qu'ils se mettent à la musique qui, paraît-il, adoucit les mœurs... et plutôt que de torturer un taureau, je ne sais pas moi, qu'ils fassent un bœuf !

Site du Collectif des vétérinaires pour l'abolition de la corrida

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