Alep c'est un joli nom parfumé...

Alep : le pouvoir sans limite et sa violence dévorent tout, comme les sauterelles ...
Alep : le pouvoir sans limite et sa violence dévorent tout, comme les sauterelles ... © AFP / George Ourfalian

Je suis "Charlie", je suis "Bataclan", je suis "Nice", je suis "migrant", je suis "forêt amazonienne", je suis" grande barrière de corail", je suis "banquise", je suis" ours polaire", je suis « taureau dans l’arène », je suis "thon rouge", je suis "abeilles", je suis"Alep"... Qui suis-je enfin ?

Un citoyen sur cette Terre et de ce qu'il en reste, ballotté entre indignations, pétitions multiples, horreur et beauté, croyance en l’homme jusqu'au bout, jusqu'au dernier moineau, jusqu'à la dernière fleur sauvage !

Le wifi dans le TGV ? On s'en tape un peu, si c'est pour regarder en" likant" les derniers messages désespérés des sacrifiés asphyxiés avec leurs enfants dans les caves de la belle cité martyre d’Alep ; sauf à nous rendre encore plus dépendant, à ne pas envisager de faire une pause dans le train en laissant dérouler nos pensées et le paysage sous nos yeux.

Alep c’est un joli nom parfumé. Comme Bagdad autrefois, avec ses mille nuits plus une, ses lampes magiques, ses tapis volants, cela forçait au rêve oriental : on suivait les ruelles ombragées des souks millénaires embaumés d'épices, aux bains maures. On se laissait passer sur l'âme et le corps ce fameux savon à l'huile naturelle d'olive en se berçant des mélopées de l'oud ou de la voix sensuelle et chaude d'Abed Azrié...

Le pin d'Alep explosait du chant des cigales, un poème propice à la sagesse, à la douceur de ses habitants et l'air sentait bon le printemps de la liberté. Et puis l'oiseau s'est tu, et s'est enfui. Il fallait s'y attendre, l'hiver n'a pas tardé. Le pouvoir sans limite et sa violence dévorent tout, comme les sauterelles ...

Le pin d'Alep n'est plus aujourd'hui qu'un tronc déchiqueté par les barils d'explosifs. Le pin d’Alep c’est aussi le pin blanc de Provence, le pin de Jérusalem.

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Il survivra car il en a vu d'autres depuis le temps que ses racines fouillent la rocaille. Son nom latin est celui de son proche cousin : "pinus brutia", il est taillé pour la lutte et d'une patience infinie...

Qu’importent les étoiles à présent
Eteignez les toutes
Emballez la lune
Démontez le soleil
Videz l’océan et balayez la forêt
Car rien de bon désormais ne peut plus advenir
ou au contraire ...
Qu'un porte les étoiles à présent
Allumez les toutes
Dévoilez la lune
Rayonnez
Buvez aux fontaines et plantez des arbres
Car rien n'est complètement perdu !

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