Denis Cheissoux revient, entre autres, sur le rachat du groupe américain Monsanto, un des pionniers en matière d’OGM, par le groupe allemand chimico-pharmaceutique Bayer...

Des militants réunis à Union Square (New York) en mai 2013 lorsque le rachat de la société Monsanto par la firme allemande Bayer AG commençait à être envisagé.
Des militants réunis à Union Square (New York) en mai 2013 lorsque le rachat de la société Monsanto par la firme allemande Bayer AG commençait à être envisagé. © Maxppp / RICHARD B. LEVINE/Newscom

Journées Européennes du Patrimoine : c'est la fête aux vieilles et aux jeunes pierres. L'occasion de se pencher - pas que sur la Tour de Pise - mais sur tout notre passé de constructeurs, de bâtisseurs d'avenir. Notez que ces journées, où l'on incite l'Européen à s'arrêter de courir tel un hamster dans la roue de sa cage, pour prendre le temps de contempler ce qui l'environne - nature incluse - qui est notre premier patrimoine duquel on a extrait des matériaux puis construit ... c’est déjà pas mal.

Au cours de cette semaine, l'humanité a hérité d'un joli caillou dans sa chaussure qui concerne un autre patrimoine - génétique celui-là. Vous savez bien : les petites graines... Les petites graines qui font un jour les récoltes et avec lesquelles on alimente 7,4 milliards d'humains. Des petites graines qui constituent donc un enjeu patrimonial considérable pour des géants adeptes du transgénique, et dont le bel appétit n'est plus à démontrer.

Deux de ces géants (on est très loin du BGG, le bon gros géant de Roald Dahl) viennent de convoler : Monsanto offre son âme et son corps à Bayer. Les bans sont officiellement publiés en première page de "Round-up magazine". Alléluia ! Les abeilles en bourdonnent de joie.

Bilan : 59 milliards d'euros de dote tombée dans l'escarcelle de la mariée permet d’envisager l’avenir. Le couple ainsi constitué représentera le tiers du marché des semences et un joli 27 % du marché des pesticides. Une belle main mise sur notre nourriture, sauf à revisiter individuellement notre assiette.

Bayer absorbe une des entreprises les plus détestées de la planète, symbole des excès de la mondialisation agricole ; mais elle se met ainsi à l’abri d’un rachat par un plus gros concurrent.

L’image du gentil marchand d’aspirine allemand risque d’être un peu égratignée et en Allemagne, les habitants sont peu fanas des OGM, dans les champs non plus.

Et comme il s’agit du même modèle économique que Monsanto, à base de brevets sur le vivant... vu la puissance de feu du groupe, la prochaine discussion qui sera menée à la Commission européenne fin 2017 sur l’autorisation du glyphosate sera très éclairante, car Bayer sera en pole position pour maintenir ce gentil produit dans les rayons avec la bénédiction des gros céréaliers.

Ce mariage est en fait une idée logique et géniale. D’un côté, on a des gens qui empoisonnent les sols et la planète (mais qui doivent sûrement manger bio à titre personnel), de l’autre un groupe qui fabrique – entre autres - des médicaments pour nous soigner. La boucle de la destruction et du curatif est bouclée. Voici donc un bel exemplaire d’économie circulaire.

Intermède : discussion fictive entre Mr S, ancien chef d'état français, et Denis Cheissoux

Le président français Nicolas Sarkozy aborde les dirigeants mondiaux lors d'un sommet de haut niveau sur les changements climatiques à l'ONU le 22 septembre 2009
Le président français Nicolas Sarkozy aborde les dirigeants mondiaux lors d'un sommet de haut niveau sur les changements climatiques à l'ONU le 22 septembre 2009 © Maxppp / RAPPORT SYNDICATION

S : « Et ben moi j’vais vous dire, j’ai la passion de la France, de l’écologie, du réchauffement climatique. Vous parlez des OGM, d’accord, ils ont pas fait leur preuve que ça sauverait l’humanité... Mais pour les faire accepter, y’ a qu’à faire des OGM bio ! Les gens, ils ne veulent pas de pesticides dans leurs assiettes qui tuent les sols ! Faut faire des pesticides bio ! Faut des aéroports de Notre Dame des Landes bio, des autoroutes bio, des centrales nucléaires bio, des déchets radioactifs bio, du gaz de schiste bio ... et on en parle plus. »

D : « Et sur le réchauffement climatique... ? «

S : « Ecoutez Monsieur Cheissoux, vous faites une émission avec un nom original mais un peu ridicule : « CO2 mon amour » ; pour « mon amour », je suis d’accord, on a déjà fait 50% du chemin ensemble... Vous voyez bien que je suis là pour rassembler. Mais je vais vous répondre.

C’est la journée du patrimoine, j’aime ce mot. Ca rappelle la Patrie et les racines catholiques de la France ; d’autant que je connais sur le bout des doigts l’évangile selon St Claude Allègre... « allègre », ça veut dire enthousiasme, joyeux. Y’en a toujours eu de ces machins avec la terre qui se réchauffe qui se refroidit, qui se re-réchauffe qui se re-refroidit... On ne sait pas ce qu’elle veut dans le fond la Terre.

Moi je le sais, je prendrais deux, trois, ordonnances comme chez le médecin pour soigner la fièvre et hop ! On stabilisera tout ça. »

D : « Vous avez dit, je vous cite : « Il faut être arrogant comme l’homme pour penser c’est nous qui avons changé le climat ».

S : « Oui, j’ai peut-être un peu changé de discours depuis le Grenelle de l’Environnement quand je proclamais que l’écologie était une conviction ; quand j’ai dit aux Nations Unis que ce problème était incontournable. C’était une autre époque, un autre climat justement. Je ne suis pas climato sceptique, je suis réaliste et une partie de mes électeurs comprend encore moins que moi ces sujets-là. Le GIEC, ils ne savent même pas ce que c’est.

Et puis je vais vous dire, je constate des choses : quand je rentre dans une salle ou dans un studio de télé, quand je prends la parole, la température elle monte tout de suite de plus de 2 degrés ... mais vous n’allez quand même pas m’accuser de faire fondre les glaciers enfin ?! »

« Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent », mais le climat déréglé par les peuples, les dérègle aussi. Au moins une chose est sûre : avec le réchauffement, nous ne serons pas privés de désert.

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