Denis Cheissoux convoque l'océan, rien de moins, pour son édito cette semaine. Histoire de faire entendre quelques vérités bien senties à son sujet...

Dauphin nageant au milieu de traces de marée noire et de sacs plastiques
Dauphin nageant au milieu de traces de marée noire et de sacs plastiques © Getty / Wild Horizon

J’aime les humains qui dodelinent, cabotent, pêchent sur mon dos.

Je discute avec d’autres planètes ; vous avez de la chance d’avoir de l’eau sur la Terre car je fis jaillir la vie. Pour me remercier, 3,6 milliards d’années plus tard : les excréments de votre civilisation terminent dans mes estuaires. Cadeau !

Depuis deux siècles, vous ne savez rien faire sans tout saloper. Je suis bonne fille en stockant vos métaux lourds, médicaments, boues rouges, votre radioactivité balancée ni vu ni connu dans mes fosses qui n’ont rien de septiques. Je ne vous cache pas que je m’engloutirais bien quelques jets-ski, hors-bord, paquebots de croisière de dix étages.

Vous avez réussi en peu de temps à faire fondre une partie de mes glaces. Dommage, le blanc renvoyait la chaleur que mon bleu est obligé d’avaler. Bref, je me réchauffe, me dilate (rate incluse) et vais continuer à grignoter vos terres d’un long baiser salé.

Mes courants radiateurs, courroies de transmission, lent mixeur du chaud et froid fonctionnent encore.

Mais qui suis-je et dans quel état je mer ?

Pour les uns, je suis un bronze cul, un support à paillotes, une carte postale ; pour les autres, un réservoir sans fin à poissons avec bateaux usines ou acceptant les pauvres bougres de l’armée du chalut . Je suis une réserve de pétrole, de minerais. Désolant. Et qui fabrique l’oxygène ? Nous répartissons le boulot entre mes algues et les forêts.

Votre génie a fabriqué des polders mais aussi un 7e continent en plastique, du pétrole dont vous m’avez allégée…une façon délicate de me le rendre sous une autre forme. J’en ai ras la gueule de ces chasseurs de Pokémon pas finis ! Et le CO2 en trop, après avoir bien déréglé la machine, vous vous le gardez. Le plus bel océan du monde ne peut donner que ce qu’il a.

En fait, je vous aime quand vous imitez les oiseaux sur l’eau, quand vos bateaux tout carbonés de vents tutoient mes rugissants, quand autour du monde sans escale, vous visitez mes océans.

Là, je suis territoire de peurs et de rêves, nous convoquons Neptune, Nemo, le Léviathan, Cousteau et ses enfants, tout ce dont a besoin l’homme pour vivre et se dépasser.

Il faut me reconquérir, m’apprendre. Vous me connaissez à peine, faisons alliance ou blue society puisque vous préférez.

Vous avez tous un avis sur la composition de l’équipe de France de foot mais sur l’océan ?! « Homme libre toujours tu chériras la mer »mais l’inverse est- il vrai ? Redonnez-moi envie de vous.

L'équipe

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