Aux lendemains de la présentation par le gouvernement du projet de budget pour 2013, le sentiment qui semble l’emporter dans l’opinion, c’est le scepticisme…

Oui, en tout cas si l’on en juge par les quelques sondages qui ont été effectués ici et là. Un scepticisme qui porte d’abord sur l’efficacité des mesures annoncées. Par exemple, selon TNS-Sofres, 64% des Français pensent que le gouvernement ne parviendra pas à réduire les déficits ; 66% pensent que cette politique ne permet pas de relancer l’économie, et 70% des Français considèrent que les choix du gouvernement ne feront pas reculer le chômage. Difficile d’imaginer ratage plus spectaculaire. Alors bien sûr, on pourrait se dire que ce n’est pas très grave, que c’est juste de la politique et que le gouvernement et le Parlement ont encore des semaines devant eux pour faire de l’explication de texte. Oui, sauf que ce profond scepticisme (2 Français sur 3, tout de même !), ce manque de confiance a des effets très directs sur l’économie, sur les décisions de consommation, d’investissement, et bien sûr de créations d’emploi.

Mais personne ne peut ignorer la crise économique, et ça pèse forcément sur le moral des ménages comme des entreprises…

Evidemment, tout ceci est lié à l’ambiance générale de crise. De même qu’il faut bien reconnaître que cela fait des années que les gouvernements, droite et gauche confondues, ont échoué à tenir leurs promesses. Mais le vrai motif de ce scepticisme, il est ailleurs. Il vient du fait que les commentaires et déclarations qui ont accompagné ce projet de budget contiennent un grand nombre de contre-vérités. Par exemple lorsque le Premier ministre explique (c’était sur France 2) que 9 Français sur 10 ne paieront pas plus d’impôts l’an prochain, c’est évidemment faux puisque selon les chiffres du Ministère des Finances lui-même, 13 des 17 millions de foyers fiscaux --2 ménages sur 3-- paieront plus ! Même chose pour les retraités : Jean-Marc Ayrault affirme jeudi soir que les retraités ne seront pas plus taxés, et le lendemain, Bercy annonce qu’ils seront en réalité assujettis à une nouvelle taxe solidarité autonomie. Et puis la dette, qui devait si l’on comprend bien diminuer, va augmenter jusqu’à la fin 2013. Et puis les effectifs des fonctionnaires qui devaient être stabilisés, vont reprendre leur marche en avant avec 6000 postes de plus. Avec des ficelles comme ça, difficile d’imaginer qu’on a les meilleures conditions pour instaurer la confiance…

D’un autre côté, c’est tout de même compliqué pour le gouvernement d’admettre qu’il installe l’austérité !

Ca, c’est ce que tous les gouvernements croient. Mais je crois que ça ne trompe plus personne. C’est étrange d’ailleurs, après la campagne qu’il a faite (autour du sérieux budgétaire) que François Hollande n’ait pas intégré cela. Etrange aussi que le Ministre des Finances soit tellement absent. On a beaucoup entendu Jérôme Cahuzac, son Ministre délégué, jouer les méchants. Mais lorsque Pierre Moscovici parle, on ne l’entend pas. Il est pourtant au cœur du dispositif. Mais voilà, il continue à dire contre toute évidence qu’il n’y a ni austérité ni rigueur, au lieu de l’assumer en expliquant pourquoi, comment on en sortira, et d’en faire un élément de psychologie et donc de confiance. Voyez-vous, tous les grands ministres des Finances (Giscard, Monory, Bérégovoy, Strauss-Kahn) tous ont innové et ont osé. Pour l’instant, Pierre Moscovici reste dans le moule. Dommage.

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