Une semaine, jour pour jour, après les menaces d’Arnaud Montebourg de nationaliser Florange, et au lendemain de l’annonce d’une solution par Jean-Marc Ayrault, quel est le bilan de cette « affaire Mittal » ?

Eh bien je crois qu’on peut dire qu’il n’y a que des perdants dans cette affaire. Rappelons-nous, le gouvernement et les syndicats poursuivaient deux objectifs : maintenir les hauts fourneaux en activité, et maintenir l’emploi. Sur le premier objectif, il n’y a aucun engagement de la part de Mittal, ni pour aujourd’hui, ni pour demain puisque le groupe sidérurgiste n’évoque même pas la perspective d’un programme européen sur lequel le ministère du redressement productif semblait compter. Quant au deuxième engagement, le maintien de l’emploi est devenu une promesse de ne pas licencier, ce qui est évidemment très différent : il y aura des suppressions de postes, des non-remplacements, et le groupe procèdera à des reclassements de certains salariés, y compris ailleurs en France. De ce point de vue, donc, les syndicats ont clairement perdu la bataille. Pas seulement parce qu’ils ont échoué sur le social (et leur amertume était forte ce week-end), mais aussi parce que Mittal reste bien aux commandes…

Lakshmi Mittal reste aux commandes, mais lui non plus n’est pas gagnant ?

Non, en effet. Il avait été mal accueilli en France, et il n’a pas redressé son image, bien au contraire. Et le voilà sous surveillance, avec la réputation solidement établie de quelqu’un qui ne tient pas ses promesses. Seule satisfaction pour lui : il a pu appliquer son plan industriel comme il l’avait prévu. Les hauts fourneaux ne redémarreront pas, et il ne mettra pas un sou de plus qu’annoncé dans cette activité.

Pourtant Jean-Marc Ayrault a indiqué qu’Arcelor-Mittal s’était engagé à investir 180 millions d’euros sur 5 ans ?

C’est exact. Mais c’est ce qu’il faisait déjà depuis 2004, depuis qu’il est en France : 30 millions d’investissement par an. Ce sera donc la même chose ; aucun effort supplémentaire. Mais puisque vous évoquez Jean-Marc Ayrault, les voilà les grands perdants : les politiques, tous. A commencer par Nicolas Sarkozy, qui avait très mal géré ce dossier : il voulait en faire un symbole de sa capacité à faire bouger les choses, il n’a fait que le transformer en un objet d’affrontement politique avec la gauche. Le candidat François Hollande avait à son tour joué au « toujours plus » en jurant qu’une loi obligerait les entreprises qui veulent fermer une activité déficitaire à la vendre. Tout cela a disparu, comme la menace de nationalisation qu’avait lancée Arnaud Montebourg, et que l’Elysée avait conservée comme élément de négociation. Le ministre du redressement productif a finalement été désavoué, et heureusement. Car les effets auraient été catastrophiques. L’image de la France dans les milieux économiques internationaux aurait été saccagée : confiscation, expropriation, spoliation, on aurait tout entendu. Alors je sais bien qu’on nous expliquait que les Américains avaient nationalisé temporairement leur industrie automobile et les Anglais, leurs banques. Mais ça n’a rien à voir : les anglo-saxons ont nationalisé pour sauver les actionnaires, pas pour les punir. Pour leur permettre de reconstituer leur activité, leur bilan, pas pour les expulser. Finalement, il n’en sera rien. Les illusions se sont envolées. Retour à la réalité. Ce n’est pas très romantique, mais le voilà, le seul gagnant de cette histoire : le réalisme.

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