A peine roulées les banderoles de la dernière « Manif pour tous », le gouvernement s’est retrouvé face à d’autres manifestants, avec cette fois un mode opératoire très différent puisqu’ils se rassemblent sur Internet.

Oui, c’est un mouvement qui ressemble à s’y méprendre à celui des « Pigeons », vous vous souvenez, ces entrepreneurs qui protestaient contre l’aggravation des taxations sur les plus-values. Là, il s’agit des auto-entrepreneurs, ces gens qui ont créé en 5 ou 10 clics d’ordinateur une petite activité professionnelle, qu’ils exercent seuls dans un cadre réglementaire et social très allégé. C’est justement cette facilité de création et ce cadre favorable que le gouvernement veut réexaminer, et qui motive la colère de tous ces gens qui se sont surnommés les « Poussins » et qui rameutent en masse sur Internet.

Et précisément, ils se mobilisent contre quoi ?

Contre ce qu’ils analysent comme la mise à mort de leur statut. Ce qui est vrai, c’est que le gouvernement veut durcir les conditions de création de ces auto-entreprises et veut en particulier limiter le chiffre d’affaires donnant droit à des exonérations de charges. Avec un argument : les autres entreprises, les plus grandes, doivent payer des charges sociales et fiscales normales. Et par exemple dans le bâtiment, où il y a pas mal d’auto-entrepreneurs, ces entreprises traditionnelles se plaignent d’une concurrence déloyale : puisqu’ils payent plein pot leurs charges, leurs tarifs sont moins compétitifs que ceux des auto-entrepreneurs.

Et le gouvernement a donc voulu aligner, harmoniser les conditions d’exploitation entre les différentes formes d’entreprises.

Exactement. Le problème, c’est que cette harmonisation va se faire dans le mauvais sens. Ces auto-entrepreneurs sont environ 900.000 ; ils ne sont pas tous très actifs, mais c’est évident que, sans les conditions avantageuses de création et d’exploitation qui découlent de leur statut, la plupart n’existeraient pas. Tous (ou presque) travaillent. Ils ont pour beaucoup créer leur propre emploi, et ils l’ont fait parce que c’était plus facile que d’habitude et moins coûteux qu’avant. Au lieu de relever les charges et les contraintes sur ces emplois et sur ces créateurs d’entreprises, le gouvernement aurait mieux fait de réduire les contraintes qui pèsent sur les autres, sur les entreprises « classiques ». C’est incroyable, cette fascination pour la taxation, pour les charges, pour les prélèvements. Comme est incroyable la maladresse de ce gouvernement qui, si on écoute bien François Hollande, veut rétablir la confiance avec les chefs d’entreprises, et se met à dos des centaines de milliers d’entre eux, les plus fragiles. La grande nouveauté, c’est que ces chefs d’entreprises jusqu’à présent ne manifestaient pas. Ils ne sont pas organisés, pas rassemblés dans des associations ou des syndicats professionnels actifs. Mais Internet leur a donné un instrument d’expression très efficace. Et un mode de recrutement ultra-rapide, qui diffuse profondément dans toutes ces couches de population. D’ailleurs, le gouvernement a commencé à cafouiller pas mal et à reculer face à ces « Poussins ». Pas complètement, ce qui fait que le mouvement de protestation devrait continuer. Et devenir ce que pourrait appeler la e-manifestation pour tous.

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