C’est devenu en quelques mois LE rapport dont on parle le plus : le rapport Gallois sera remis tout à l’heure, dans un contexte assez particulier…

Oui, et il faut bien dire que ce qui s’est produit autour de ce rapport est assez rare. Voilà un travail commandé le plus officiellement du monde par le gouvernement et dont il a lui-même enterré par avance le contenu. Et le plus surprenant dans cette histoire, c’est que le gouvernement et l’Elysée se sont piégés tous seuls : ce sont eux qui ont tissé la toile d’araignée dans laquelle ils se sont empêtrés. Rappelez-vous : à peine nommé Commissaire général à l’investissement, Louis Gallois déclare le 7 juillet devant des centaines de patrons et d’économistes qu’il faut un choc de compétitivité pour redresser l’économie française. Et pas n’importe quel choc puisqu’il chiffre le besoin entre 30 et 50 milliards d’euros. Pierre Moscovici, le ministre des Finances qui participe à ce colloque évoque aussi le sujet. Quatre jours plus tard, le 11 juillet, Louis Gallois est chargé de rédiger un rapport. Personne ne peut donc ignorer ce qu’il a en tête. Jusque là, tout va bien, et à plusieurs reprises, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et plusieurs ministres parlent eux-mêmes du choc de compétitivité. L’Elysée avance le chiffre de 40 milliards, le Premier ministre en défend la logique à l’Assemblée Nationale. Jusqu’à ce que tous ces gens-là réalisent que si, au motif de la compétitivité, on baisse le coût du travail (c’est-à-dire les charges et les taxes que payent les entreprises), il faudra bien les faire payer par d’autres, et donc par les particuliers. Et là, ça coince : la hausse de la TVA de Nicolas Sarkozy vient d’être abrogée, et l’idée d’augmenter la CSG pour tous est dévastatrice, surtout dans un contexte de brutale augmentation des impôts. Et c’est là que tout se dérègle.

Pourtant, le sujet de la compétitivité de l’économie française n’est pas nouveau?

C’est vrai : le problème est connu, et les solutions aussi. Mais ce qui est nouveau, c’est que ce handicap récurrent de l’économie française a été aggravé par les deux vagues de hausses des impôts et des taxes décidées par le gouvernement Ayrault. Au lieu de réduire le coût du travail, on a alourdi le poids des prélèvements qui pèsent sur les entreprises jusqu’à faire reculer leurs marges à un niveau que l’Insee juge historiquement faible.

Cela dit, le gouvernement explique que la question de la compétitivité ne se résume pas à un problème de coût du travail…

C’est parfaitement exact : la productivité des salariés, leur formation, la facilité avec laquelle on emprunte aux banques, le coût du capital, l’environnement, les services publics, tout compte. De même, le gouvernement va certainement mettre l’accent sur l’investissement et sur la recherche qu’il faut privilégier. Excellente idée, mais dont les effets se feront sentir dans 5, 10 ans. Or le problème, il est maintenant et il passe quoi qu’il arrive par une baisse rapide du coût du travail. Au fond, qu’on parle de choc ou de Pacte de compétitivité comme le fait François Hollande, la question se résume à une équation simple : comment baisser massivement les charges et les taxes que payent les uns (les entreprises) sans augmenter les impôts des autres (les ménages) ? La réponse est simple : c’est impossible sans un changement de politique en particulier vis-à-vis de la dépense publique.

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