L’annonce de la démission prochaine de Mario Monti est une très mauvaise nouvelle pour l’Italie, mais aussi pour la France.

Oui, parce que nous risquons d’être les victimes collatérales du désordre qui, immanquablement, va s’installer en Italie. Je ne pense pas tellement au désordre politique, non, mais aux conséquences que cette instabilité institutionnelle va avoir sur les marchés financiers. Le retour théâtral de Silvio Berlusconi sur la scène politique et la démission annoncée de Mario Monti vont en effet laisser en plan le gigantesque travail de réformes qu‘avait entrepris le chef du gouvernement italien. Réformes qui avaient permis de relâcher la pression que les créanciers de l’Italie exerçaient sur ce pays, et, en le mettant dans le même sac que la Grèce, l’Espagne et le Portugal, exerçaient sur toute la zone Euro. Car c’est bien la personnalité de Mario Monti et le train de réformes structurelles profondes qu’il avait engagé qui ont contribué à éloigner la crise financière et les attaques contre l’Euro.

Et c’est ce retour de l’Italie sous le feu des marchés qui va rejaillir sur la France ?

C’est probable, malheureusement, comme sur toute la zone Euro, à l’exception probable de l’Allemagne. Et les taux, historiquement bas, auxquels nous empruntons aujourd’hui pourraient bien de nouveau se tendre. En fait, ce que détestent les marchés, c’est l’incertitude. Et ce qu’ils pointent le plus souvent, lorsqu’on parle de l’Europe avec des investisseurs, c’est la supposée incapacité des gouvernements à mener à bien les programmes de réformes sur lesquels ils se sont engagés. La Grèce en est une caricature, mais l’Espagne elle aussi a essayé de repousser ou de retarder ses échéances. Et si l’Italie renonce à ce qui avait été entamé, ce sera une nouvelle manifestation de ce refus d’obstacle des peuples européens.

Et Mario Monti n’a aucune chance d’être reconduit ?

C’est impossible à prévoir, et on ne sait même pas s’il accepterait un nouveau mandat. Il faut dire qu’il est très impopulaire en Italie. Et pour cause : hausse des impôts, suppression de plusieurs dizaines de départements et de régions, réduction de la dépense publique, ouverture à la concurrence de certaines professions protégées, il a lancé de véritables réformes de structure. Tout n’a pas été parfait, mais la crédibilité et la rigueur personnelle de Mario Monti étaient ses meilleures alliées. Sa façon de dire les choses, aussi. Il est arrivé au pouvoir sans rien cacher de ses intentions et de son programme. Il n’avait pas promis, lui, de « réenchanter le rêve »… Alors, ça ne rend pas populaire pour autant, mais ça évite tout de même de fabriquer à la pelle des déçus du pouvoir. Regardez ce qui s’est passé chez nous, autour de l’affaire Mittal. Le chef de l’Etat et le gouvernement ont successivement promis d’obliger par la loi une entreprise qui veut arrêter une usine à la vendre à un concurrent ; puis on a entendu que les hauts-fourneaux reprendraient la production, puis qu’on nationaliserait temporairement (d’ailleurs on avait un repreneur), et puis qu’un hypothétique programme de recherche européen prendrait le relais des technologies actuelles et relancerait ainsi la sidérurgie. Aucune de ces promesses n’a été tenue. Et toutes les marches de la déception ont été descendues. Je ne sais pas ce que fera le peuple italien, mais au moins auront-ils entendu une fois de la part d’un chef de gouvernement ce qui les attend, loin du rêve.

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