François Hollande est rentré ce week-end de sa visite d’Etat au Japon, avec en tête quelques bonnes recettes de politique économique…

Oui, des recettes inspirées de ce qu’a réalisé le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, au pouvoir depuis six mois seulement et qui a réussi, dans ce laps de temps très court, à sortir son pays du marasme. Après 20 ans de récession et de déflation, le Japon connaît en ce moment un vigoureux sursaut économique avec une croissance de près de 1% au premier trimestre. Comment ? En faisant tourner la planche à billets, en provoquant de l’inflation et en effondrant la valeur de sa monnaie, le Yen. Et tout ça alors que la dette publique du Japon atteint des niveaux hallucinants : 240% du PIB, presque trois fois plus que la France !

Autrement dit, la stratégie du Japon est totalement iconoclaste, et complètement à rebours de celle pratiquée par l’Europe… ?

Exactement, et on a senti à plusieurs reprises que c’est ça qui intéressait François Hollande. De petite phrase en petite phrase, le Président français a vanté les succès de la politique économique japonaise et a symétriquement souligné l’envie qu’il semblait avoir de faire la même chose en France. Vous pensez, c’est un rêve pour quelqu’un qui met la croissance au cœur de ses discours, qui insiste pour ne pas faire de l’austérité le point central de la politique budgétaire, quelqu’un qui, en dépit de tout, dirige un pays qui a le plus grand mal à se passer de la dépense publique. Malheureusement, ce rêve n’a aucune chance de devenir réalité. D’abord parce que la France a signé et resigné des traités européens qui l’empêchent de faire du déficit et d’accumuler de l’endettement comme au Japon. Et la dernière fois que la France s’y est engagée, c’était il y a un an, quasiment jour pour jour, sous la signature de François Hollande lui-même, puis avec un vote de l’actuelle majorité parlementaire. Et puis, à la différence du Japon, notre banque centrale est indépendante ; elle n’est pas soumise aux choix de politique monétaire du gouvernement. D’ailleurs si elle l’était, ça ne changerait rien dans la mesure où la relance souhaitée par la France est minoritaire en Europe.

Et donc, pas question de faire tourner la planche à billets ?

Impossible en effet. D’ailleurs, même si c’était possible, ça ne suffirait pas à imiter le Japon. Ceux qui s’enthousiasment pour cette politique effectivement très décalée semblent oublier que le Premier ministre est un pur libéral, un homme de droite, et que son plan comprend 3 volets indissociables. Un volet budgétaire (le déficit), un volet monétaire (la baisse du Yen), et un volet de réformes purement libérales pour doper la création de richesses. Au menu : dumping fiscal et baisse des impôts pour les étrangers, légalisation des petits boulots et réforme très agressive du marché du travail, relance de l’investissement privé par des mesures incitatrices et de l’investissement public en particulier avec le nucléaire (oui, le nucléaire). Rien de tout cela n’est aujourd’hui imaginable en France. Et prendre une partie seulement du plan japonais c’est l’échec assuré. Là-bas, on appelle ce plan « les 3 flèches », en référence à une maxime simple : une flèche seule peut casser, mises ensemble, elles ne peuvent pas plier.

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