En fixant son « agenda du redressement » à deux ans, François Hollande, hier soir à TF1, a essayé de reprendre la main et de corriger l’impression que, pendant ses 100 premiers jours, il n’avait pas décidé mais beaucoup tergiversé.

Oui, et cette impression était née d’abord d’un décalage assez net entre certaines promesses et leur réalisation (par exemple sur l’essence, le Livret A ou le Smic). Et puis aussi de la mise en place d’une multitude de commissions et de missions, ce qui est apparu comme une application un peu systématique du fameux principe : un problème, une commission. Un principe d’ailleurs théorisé par un illustre corrézien, Henri Queuille, homme politique du siècle dernier qui avait grandi à Tulle, et a laissé à la postérité cette fameuse maxime : « il n’est aucun problème qu’une absence de solution ne puisse résoudre »… Alors bien sûr, François Hollande s’est défendu, hier soir, de tout retard dans les réformes. Mais voilà, pas de chance, il avait annoncé deux jours auparavant la mise en place d’une nouvelle Commission, en réalité un Haut Conseil, cette fois consacré au budget de l’Etat et aux comptes publics. Sauf que cette fois, en dépit des apparences, il s’agit d’une très bonne nouvelle (enfin pour tous ceux qui pensent que la France doit vraiment – enfin – pratiquer une politique de véritable maîtrise budgétaire). Car ce Haut Conseil aura un peu un rôle de « super-gendarme » des finances publiques. Il devra par exemple valider les hypothèses de croissance économique retenues par le gouvernement pour bâtir son budget. C’est un point très sensible et tous les gouvernements ont joué avec et ont cédé à la tentation de mettre dans leur budget des chiffres de croissance élevés, trop élevés. Pourquoi ? Eh bien parce que plus il y a de croissance, plus les impôts rentrent ; et plus les impôts rentrent, plus c’est facile d’afficher une bonne tenue du déficit budgétaire. Mais à la fin, quand on fait les comptes, tout dérape. Donc, les gouvernements ne pourront plus jouer avec cet artifice. De même, le nouveau Haut Conseil devra valider que les budgets respectent bien la trajectoire de retour à l’équilibre des finances publiques. Et si les membres de cette nouvelle instance font bien leur travail, alors c’est toute une longue habitude de laxisme qui sera mise à mal.

Mais avec, en contrepartie, un risque d’atteinte à la souveraineté et au pouvoir des politiques. Au fond, est-ce que ce n’est pas la naissance d’une sorte de gouvernement des juges en matière budgétaire ?

Si, bien sûr. Mais cette nouvelle instance est directement issue du Pacte budgétaire négocié par Nicolas Sarkozy et que François Hollande va faire voter dans quelques semaines au Parlement. Alors c’est vrai, c’est une façon de mettre les politiques sous contrôle. Mais les gouvernements ont tellement triché, depuis 20 ans, avec la discipline budgétaire. Il fallait bien que cela se termine. Et puis, il ne faut pas se faire d’illusion : la pleine souveraineté d’un pays surendetté, ça n’existe pas. François Hollande l’a d’ailleurs répété hier soir : l’enjeu, « c’est la qualité de la signature de la France à l’égard des marchés ». Il est loin le temps où il fallait mettre au pas l’ennemi sans visage, la finance, les marchés. Aujourd’hui, on ne rigole plus. Enfin si, peut-être une dernière fois. Le Haut Conseil n’existe pas encore et François Hollande a retenu hier pour 2013 une croissance de 0,8% là où tous les économistes attendent au mieux 0,5%. Allez, un dernier arrangement avant que le couperet ne tombe…

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