C’est un avertissement clair et net : selon Jérôme Cahuzac, aucun ministère ne sera épargné par la réduction des dépenses, l’an prochain.

Oui, et c’est une nouvelle fois le ministre du Budget qui semble être chargé de mettre les points sur les « i » et de faire passer les mauvaises nouvelles. Mauvaises nouvelles qui sont autant de renoncements par rapport à ce qu’avait laissé entendre la campagne de François Hollande, autant de retours à la réalité pour tous ceux qui pensaient que l’enterrement de la fameuse RGPP, le contrôle des dépenses publiques version Sarkozy, sonnait la fin de l’austérité budgétaire. En tout cas, ce sont de bien mauvaises nouvelles pour la plupart des ministres et secrétaires d’Etat qui doivent aujourd‘hui faire plus avec moins. Il faut dire que les signaux négatifs se sont multipliés, ces temps-ci. Parmi eux, un chiffre auquel peu de gens ont prêté attention et qui est pourtant lourd de sens : au mois de janvier, les rentrées fiscales ont été inférieures à ce qu’elles étaient l’an dernier. Autrement dit, malgré la hausse des impôts et des taxes, malgré le fait que jamais les prélèvements obligatoires n’avaient été aussi élevés, l’Etat a récolté moins d’argent. Terrible désillusion. C’est d’ailleurs l’illustration concrète d’un vieil adage : « l’impôt tue l’impôt ». Et ça ressemble beaucoup à une impasse.

Et comment est-ce qu’on peut en sortir ? On peut supposer que ce n’est quand même pas en faisant l’inverse, c’est-à-dire en baissant les impôts ?!

Non, évidemment pas. En tout cas, pas dans un premier temps. Non, le vrai problème, c’est les dépenses. Il faut les réduire coûte que coûte. Il ne faut plus seulement les stabiliser mais les diminuer, exercice hautement acrobatique pour tout gouvernement, et plus spécialement pour un gouvernement de gauche. Ça va donc de plus en plus tanguer dans les ministères, y compris bien sûr dans les trois administrations qui se croyaient à l’abri : l’éducation, la justice et la police et la gendarmerie. L’exercice s’annonce d’autant plus complexe que la promesse de ne pas toucher à l’effectif total de la fonction publique reste valable. On va donc se retrouver dans la situation d’avoir une fonction publique toujours aussi nombreuse, qui continuera à mobiliser l’essentiel des ressources de l’Etat, mais qui aura de moins en moins de moyens pour travailler. Exactement l’inverse de ce qui serait souhaitable.

En même temps, réduire le nombre des emplois publics au moment où le chômage va dépasser son niveau record, ce serait contradictoire…

Bien sûr, l’effet sur les statistiques serait immédiat. Mais, aussi bizarre que ça puisse paraître, cet effet ne durerait pas. On en a un exemple très récent, et en plus dans un pays lui aussi écrasé par les déficits publics. Je parle des Etats-Unis, et de l’administration Obama qui est engagée dans une vaste politique de réduction de ses dépenses et de ses emplois publics. Or on vient d’apprendre que, malgré cette baisse du nombre de fonctionnaires, le pays vient de retrouver un niveau de chômage au plus bas depuis 2008, c’est-à-dire depuis le déclenchement de la crise des « subprimes » et du cataclysme économique et financier qui en est résulté. On ne peut jurer de rien, mais je me demande si, avant la fin du quinquennat, la promesse de ne pas toucher aux effectifs de la fonction publique n’aura pas vécu.

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