La semaine va être marquée par la première conférence de presse de François Hollande.

Oui, et le chef de l’Etat aura certainement l’occasion de revenir sur les nombreux événements de la semaine dernière, et en particulier de commenter le virage, le véritable changement de politique engagé mardi dernier, lors de la présentation des mesures issues du Rapport Gallois. Six mois jour pour jour après son arrivée au pouvoir, François Hollande tourne le dos à une partie de son programme, exactement comme François Mitterrand l’avait fait en 1983, deux ans après son élection. Un changement de cap symbolisé par trois décisions spectaculaires, trois conversions ou trois reniements, c’est selon. 1) la reconnaissance que les impôts, les taxes, les charges peuvent nuire à l’emploi et à la croissance et que les entreprises ne peuvent être pressurées à l’infini. 2) le choix de recourir à la TVA pour compenser les baisses d’impôts, autrement dit le choix de faire porter les taxes sur la consommation de tous et pas seulement sur les revenus du travail et de l’épargne (c’est aussi le choix d’un taux faible payé par le plus grand nombre, au lieu de faire payer un taux fort par une minorité). 3) la promesse de faire –enfin— baisser vraiment les dépenses publiques. Le tout est un véritable tournant. Les Verts, le Parti Communiste, mais aussi le Medef et une grande partie du patronat ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.

Et selon vous, ce plan aura bientôt des effets positifs ?

Non, et c’est bien sûr une mauvaise nouvelle. D’ailleurs la Banque de France et la Commission Européenne n’ont même pas jugé utile de réviser leurs révisions publiées 2 ou 3 jours après. Elles ont maintenu le risque de récession pour l’une et l’annonce d’une croissance en 2013 deux fois moins forte que ce qu’attend le gouvernement pour l’autre.

Mais ça, c’est pour le très court terme, fin 2012 et 2013. Le plan du gouvernement porte sur les années suivantes…

Oui, mais ça ne change rien. Car si les orientations du plan Compétitivité sont bonnes, l’exécution est loin, très loin du compte. Rappelez-vous : le plan Ayrault-Gallois promet 10 milliards de baisse des impôts des entreprises en 2014, 15 en 2015 et 20 en 2016. Parfait. Mais que sont devenues les hausses d’impôts déjà décidées par la gauche depuis 6 mois ? Ce n’était pas rien : 3,5 milliards de plus en juillet qui deviendront 7 milliards en 2013, auxquels il faut ajouter 10 milliards de plus décidés en septembre, dans le projet de budget. Au total, en 2016 les baisses d’impôts auront représenté 45 milliards d’euros, et les hausses 70 milliards. Difficile d’imaginer un grand choc de compétitivité ! Quant aux 300 à 400.000 emplois nouveaux promis par le Premier ministre, on se demande d’où ils pourraient venir ? Est-ce que ce sont les emplois que les hausses d’impôts déjà enclenchées en 2012 auraient fait disparaître ? Mystère. Alors encore une fois, les choix faits par le gouvernement vont dans le bon sens et témoignent d’un vrai revirement. Mais les chiffres sont cruels. C’est d’ailleurs très étonnant de voir que le patronat a exprimé son enthousiasme, même mesuré. Normalement les chefs d’entreprise savent évaluer les comptes et dresser le bilan des plus et des moins. Cette fois, les organisations patronales devaient avoir trop envie d’applaudir à la conversion du gouvernement, et de l’encourager dans cette nouvelle voie…

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