C’est cette semaine que les trois syndicats et le patronat qui ont approuvé le texte sur la sécurisation de l’emploi, doivent apposer leur signature au bas de cet accord qualifié d’historique. Mais … l’est-il vraiment ?

Ce qui est sûr, c’est que les principaux signataires ont tout intérêt à le présenter comme ça. Laurence Parisot parce qu’on lui prête le projet de se représenter à la tête du Medef et qu’elle a donc besoin de magnifier son action ; Laurent Berger parce que c’est son premier acte de nouveau patron de la CFDT et qu’il a intérêt à en faire un marqueur de sa ligne, de sa politique. Quant au gouvernement, il obtient des partenaires sociaux ce qu’il aurait certainement eu beaucoup de mal à obtenir d’une partie de sa majorité, son flanc gauche en particulier. Alors, historique, cet accord ? Peut-être, mais pas tellement dans les différents articles tels qu’ils ont été âprement négociés, mais plutôt dans le fait qu’il introduit une nouvelle façon d’aborder les problèmes de l’emploi.

Vous voulez dire qu’il représente un changement de mentalité, de philosophie ?

Oui, c’est ça. Jusqu’à présent, la France considérait que pour lutter contre le chômage, la priorité était de limiter, voire d’empêcher la suppression ou la destruction d’emplois. En fait, il existait chez nous, comme ça a été démontré depuis 20 ans, une sorte de « préférence française pour le chômage », autrement dit une priorité à la protection de ceux qui ont déjà un emploi, plutôt que de tout faire pour débloquer la création de nouveaux emplois. Et c’est là le grand changement, dans les accords de vendredi dernier. Illustration concrète : interrompre un contrat de travail deviendra plus rapide et moins aléatoire (en tout cas moins soumis à l’appréciation des juges). De même, imposer la mobilité à des salariés sera plus simple. Enfin, l’adaptabilité des horaires de travail et des salaires, en cas de coup dur de l’entreprise, sera elle aussi simplifiée. L’idée, derrière tout ça, n’est évidemment pas de pulvériser les droits ou les acquis sociaux, mais de faire disparaître le sentiment qu’ont souvent les patrons de courir trop de risques et d’être dans une seringue lorsqu’ils créent un emploi. L’idée est donc, non pas de protéger plus ceux qui ont un emploi, mais de faire disparaître l’un des principaux freins à la création d’emploi.

Et quel peut être l’effet sur le chômage : est-ce que ça peut permettre d’inverser d’ici la fin de l’année la courbe du chômage ?

Certainement pas. Ne serait-ce que parce que la croissance n’a aucune chance d’être suffisamment forte pour permettre de créer davantage d’emplois. Mais, à part pour la majorité qui s’est engagée sur cette inversion de la courbe du chômage, je dirais que ce n’est pas ça l’important. Ce qui compte, c’est l’inflexion qui a été donnée pour les années à venir. Si compare avec ce qu’a fait l’Allemagne (c’est-à-dire avec un pays qui est tout sauf ultra-libéral et qui a un peu le même modèle social que nous), on voit que cette politique, ce changement de mentalité vis-à-vis du marché du travail a mis plusieurs années avant de faire vraiment effet. Mais aujourd’hui, le résultat est spectaculaire : l’an dernier nos voisins ont créé 416.000 emplois supplémentaires, record absolu. Et bien voilà, en 2013, la France comptera plus de chômeurs qu’il n’y en a jamais eu. L’Allemagne, elle, aura davantage de gens au travail qu’il n’y en a jamais eu.

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