C’est donc en fin d’après-midi qu’on va tout savoir du patrimoine des ministres.

Oui, on s’approche de l’heure du grand déballage. Avec, pour ce qu’on a pu en voir jusqu’à présent, une sorte de course à la pauvreté, tous ceux qui ont déjà publié leur patrimoine rivalisant d’humilité, d’auto-dénigrement et pour tout dire de sous-estimation de la valeur de leurs biens. Ah, cette belle série de voitures d’occasion plus ou moins pourries, en tout cas sans valeur. Ah, ces petits appartements bas de plafond, mal aérés, mal éclairés et tellement bruyants si vous saviez. Et ces maisons : des cabanes, des bicoques. Voilà donc une partie de l’élite de la France (je ne me trompe pas, diriger la France, c’est bien faire partie de son élite ?) la voilà donc toute entière concentrée sur la petitesse de ses biens. Ce serait risible si tout cela n’annonçait pas une nouvelle crise des vocations en politique. Si la règle devient : « plus je suis pauvre, plus j’ai de vertu politique ; moins j’ai d’argent, moins j’ai de conflits d’intérêt », alors celui qui est né ou celui qui est devenu riche ne prendra plus demain le risque de se tourner vers les métiers de la politique. Pourquoi faire appel à l’opinion publique si celle-ci nourrit de la méfiance à l’égard de l’argent ? Voilà le danger : petit à petit les élus dont le patrimoine sera décortiqué se ressembleront tous.

Et donc, si on vous suit, au lieu de redresser l’image des politiques en faisant assaut de transparence, tout cela devrait finir par la réduire ?

Exactement. Alors bien sûr, ce n’est pas le contrôle qui est le problème, mais la publication et la publicité. D’ailleurs, au lieu de s’occuper de s’afficher pauvre, le gouvernement ferait mieux de se rassembler sur une autre question d’argent, autrement plus importante celle-là. Je pense à ce que va dire Bruxelles de la manière dont la France va dépenser moins d’argent, pour emprunter moins d’argent et devoir moins d’argent.

C’est mercredi que sera présenté en Conseil des ministres le plan de stabilité de la France.

Oui, un moment crucial pour le pays. Comme vous le savez, la France n’est pas en règle avec ses engagements budgétaires. Le ton est d’ailleurs monté depuis quelques jours à Bruxelles où le Commissaire européen en charge de ces dossiers, Olli Rehn, a changé d’angle d’attaque : il explique désormais que la France à cause de sa taille et de son poids sur le Continent « met en danger l’Europe ». C’est violent, excessif, mais cela montre qu’il n’y a pas beaucoup d’indulgence à attendre de nos partenaires (du moins des plus vertueux d’entre eux). De ce point de vue, le retour au premier plan du débat français sur la rigueur a eu un effet destructeur à Bruxelles. Ils sont bizarres, ces hommes politiques français : toujours prêts à dépenser l’argent que l’on n’a pas, celui de la France, et en même temps à nier ou à dévaloriser l’argent qu’ils ont. Large avec l’argent de tout le monde, comme si nous étions riches. Et chiches avec le leur, comme s’ils étaient tous pauvres. Vraiment une étrange schizophrénie...

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