Une drôle d’ambiance règne en ce moment autour de la discussion budgétaire où beaucoup d’amendements proposés par les députés de la majorité sont retoqués par le gouvernement…

Oui, il s’agit de tentatives effectuées par les députés socialistes pour imposer tel ou tel relèvement d’impôt ou création de taxe nouvelle. Alors bien sûr, c’est un grand classique, lors du travail parlementaire, de voir une floraison d’amendements qui témoignent en général d’une grande créativité fiscale. Mais cette fois-ci, c’est un peu différent. D’abord parce que la totalité des amendements porte sur un alourdissement des prélèvements (je pense par exemple à l’ISF sur les œuvres d’art, ou à la création d’une redevance télé pour les résidences secondaires). Rien du côté des allègements. Et puis, autre originalité, le gouvernement semble la plupart du temps avoir du mal à imposer ses choix. Ce qui se passe sur la taxation des œuvres d’art est très symptomatique : le gouvernement n’en veut pas, et l’a dit à plusieurs reprises, mais les députés vont tout de même présenter un amendement réintégrant dans l’ISF les œuvres de plus de 50.000 euros. Et cet exemple n’est pas le seul…

Vous pensez bien sûr à ce qui est en train de se produire sur le mariage homosexuel et en particulier sur la PMA, la procréation médicale assistée ?

Exactement : le gouvernement ne souhaite pas rendre possible cette PMA, et pourtant le Président du groupe socialiste lui-même va proposer sa légalisation. Comme vous le voyez, ces différends ne portent pas sur des sujets mineurs. Il s’agit même de problèmes de fond, sur lesquels les options entre le gouvernement et l’Assemblée vont bien au-delà de simples nuances. Regardez ce qui s’est passé au moment du vote du Traité Budgétaire : la gauche a été minoritaire au Sénat, et les députés socialistes qui ont voté « non » (ceux qui sont proches de Benoît Hamon) ont même publié un communiqué de victoire, ce qui fait quand même assez « provoc’ ».

Cela dit, ce genre de désaccord n’est pas rare, et nous ne sommes plus au temps des parlementaires « godillots » !

Bien sûr. Ces débats peuvent même être souhaitables (après tout, ça fait partie de la démocratie). Mais quand ces frictions se multiplient, ils peuvent devenir l’expression d’un malaise ou d’un dysfonctionnement à la tête de l’Etat. Alors il y a plein d’explications à cela : les 10 ans d’opposition ont effectivement tenu beaucoup de députés ou de ministres éloignés du pouvoir. Et puis, la culture de gouvernement ne s’acquiert pas d’un seul coup, et exige parfois des contorsions un peu douloureuses. Je pense justement à la taxation des œuvres d’art : avant d’être ministre du Budget, Jérôme Cahuzac lui-même défendait cette taxation. De même qu’Aurélie Filippetti, qui désormais la repousse en tant que Ministre de la Culture… Mais je crois aussi que l’impopularité grandissante du pouvoir (impopularité évidemment explicable en ces temps de crise) fait que beaucoup de membres de la majorité s’interrogent, et se demandent en particulier si les réponses apportées par le gouvernement sont les bonnes, et s’il ne faudrait pas pousser une politique différente, plus à gauche. D’où cette course aux amendements –fiscaux en particulier- qui crée du désordre à la tête de l’Etat, désordre qui à son tour augmente les doutes de l’opinion et l’impopularité. Mauvais calcul.

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