Une nouvelle conférence sociale se réunira en cette fin de semaine à Matignon. Et une fois de plus, on trouvera principalement au menu la réforme des retraites.

Oui, et à cette occasion on va en savoir un peu plus qu’hier soir sur les intentions du gouvernement, et sur ce qu’il compte retenir du désormais fameux rapport Moreau. Ce qui est sûr, c’est que ce sera la première fois que la gauche s’attaque à une réforme des retraites. Enfin si l’on met de côté la réforme de 1981 qui, en instaurant la retraite à 60 ans, a justement été à l’origine d’une bonne partie du problème qu’on s’échine à résoudre depuis 20 ans. Mais depuis lors, et à quatre reprises, les réformes ont été menées par la droite, qui à chaque fois a eu face à elle une opposition de gauche extrêmement résolue. C’est d’ailleurs un exercice intéressant de faire le florilège des petites phrases par lesquelles François Hollande, alors candidat à la présidentielle, mais aussi Pierre Moscovici, l’actuel ministre des Finances ou encore Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, bref de se rappeler les déclarations de tous ceux qui sont en charge de l’actuelle réforme, et qui juraient leurs grands dieux qu’ils rétabliraient l’âge légal de la retraite à 60 ans ou qu’ils n’augmenteraient jamais au grand jamais les durées de cotisation.

Il y a tout de même Michel Rocard qui avait enclenché une réforme des retraites et fait publier un livre blanc…

C’est exact, un Livre Blanc remarquable, en 1991, qui faisait un tour complet des problèmes du système de retraite, et des solutions. Mais Michel Rocard avait estimé que cette réforme avait de quoi faire tomber plusieurs gouvernements, et la gauche avait alors consciencieusement rangé le projet de réforme au rayon des poudres et explosifs…

Mais François Hollande a promis hier soir qu’il voulait vraiment réformer…

Il faut dire qu’il n’a plus vraiment le choix : Bruxelles a mis nos comptes publics sous surveillance et exige des réformes de structure, des réformes fondamentales dont celle des retraites. Ce qui est sûr, c’est que François Hollande bénéficie d’une conjoncture exceptionnellement favorable pour réformer. D’abord l’opinion publique est aujourd’hui avertie du problème et a pris conscience du risque qu’il y aurait à ne rien faire. La pédagogie de la réforme a fait son effet et c’est évidemment un avantage politique énorme. Deuxième élément : le contexte syndical. Là où la droite devait batailler contre des syndicats unis en 2010, les voilà divisés avec une capacité d’opposition amoindrie. Et puis, troisième élément favorable (et c’est peut-être le plus important) le gouvernement n’a pas en face de lui une opposition qui lutte contre la réforme des retraites mais au contraire une opposition qui le pousse à réformer. Et ça change tout. Chaque fois que la droite s’est attaquée au problème des retraites, les leaders de la gauche manifestaient en rangs serrés aux côtés des syndicats, histoire de flatter les bataillons électoraux de la fonction publique et des professions à régimes spéciaux. Cette fois c’est l’inverse. Alors on verra ce que ça donne sur les retraites de la fonction publique et les régimes spéciaux, mais ce serait une faute grave de la part de la gauche de ne pas en profiter pour réformer vraiment.

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