C’est un avertissement qu’on n’attendait pas : Bernard Thibault, le Secrétaire général de la CGT, a vivement réagi, hier, à l’interdiction des gaz de schiste prononcée par François Hollande.

Oui, et je le rappelle, cette interdiction aura une portée très large puisqu’elle touchera même l’exploration à usage scientifique, et cela jusqu’à la fin du quinquennat. C’est une position très dure et très politique puisque faite d’abord pour contenter les alliés Verts de la majorité. Et c’est une décision assez contestable, en tout cas contestée jusque dans l’entourage du chef de l’Etat. Le plus regrettable d’ailleurs, dans cette affaire, est qu’il n’y ait même pas eu de vrai débat national. Comme si il n’y avait rien à répondre aux coups de boutoir des écologistes contre cette technologie. Comme si on devait se contenter de propager des vidéos truquées, manipulées, où l’on voit l’eau d’un robinet de cuisine s’enflammer à cause d’un forage tout proche. Comme si, devant une technique nouvelle, on ne devait pas tout faire pour essayer d’en tirer le maximum. Car c’est bien là le fond du problème : l’exploitation des gaz de schiste est une technologie à la fois très prometteuse et aujourd’hui encore trop dangereuse (en tout cas pour la préservation des sous-sols). Il y avait donc deux façons de réagir : tout interdire, comme l’a fait François Hollande, ou au contraire accélérer, investir massivement, mobiliser la recherche, pourquoi pas lancer un programme national pour dominer à terme cette technologie et la rendre compatible avec nos exigences de sécurité.

Et si cette voie avait été choisie, est-ce qu’on aurait eu des assurances que ça débouche rapidement ?

En tout cas, l’enjeu méritait largement qu’on y mette le paquet. Car cette innovation est d’une importance capitale. Pour tout dire, il n’y a pas beaucoup d’inventions dans l’histoire récente qui aient eu un tel retentissement sur les grands équilibres stratégiques de la planète. En quelques années seulement, les Etats-Unis ont spectaculairement réduit leur dépendance en matière d’énergie. Même chose pour l’économie : environ 600 000 emplois ont été créés dans ce pays et on va rapidement atteindre le million. C’est toute une industrie locale qui s’est développée, à rebours des délocalisations. Ce sont des milliers de milliards de dollars qui ont été investis sur place. Les prix de cette énergie se sont effondrés, les factures des industriels et des particuliers avec. Le gaz coûte désormais 5 fois moins cher là-bas, alors qu’en France, GDF Suez et le gouvernement jouent au ping-pong sur les hausses de tarifs. Et que dire de la compétitivité. Alors qu’on s’échine à essayer de faire baisser le coût du travail sans avoir beaucoup de marge de manœuvre, on passe à côté d’un moyen simple d’améliorer la compétitivité de toutes les industries consommatrices d’énergie. Incroyable. Au total, tous les économistes s’accordent à dire que le grand bond en avant dans cette technologie a boosté la croissance américaine, une perspective que la France, évidemment, ne devrait pas négliger. Alors, encore une fois, tous les problèmes liés à l’exploitation du gaz de schiste ne sont pas réglés. Mais, comme le dit Bernard Thibault, « il ne faudrait pas que la solution apportée à certains problèmes soit seulement le résultat de coalitions plus politiques qu’efficaces pour l’avenir du pays ». Après les déclarations de François Chérèque sur la nécessaire baisse du coût du travail, on se dit que, crise aidant, nos leaders syndicaux traversent une grande période de réalisme.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.