Comité interministériel, déjeuner des ministres à Matignon, comité restreint à l’Elysée sur les finances publiques et la protection sociale : c’est une semaine placée sous le signe de la rigueur qui s’ouvre aujourd’hui.

Oui, autrement dit une semaine au cours de laquelle il y aura un certain nombre de recadrages pour tous ceux qui, dans la majorité et au gouvernement, n’ont pas encore tout à fait assimilé la dure réalité. Une réalité que Bruxelles se chargera de rappeler vendredi, lorsque sera publiée la prévision de croissance de la France. Tout le monde sait maintenant que les objectifs économiques du gouvernement ne seront pas tenus. Or cet échec va avoir une conséquence très concrète : il va manquer de l’argent. En fait, l’équation est simple. Pour faire tourner une économie, un pays, il faut de l’argent, il y a deux types d’argent, deux types de capitaux : l’argent public et l’argent privé. L’argent public, c’est les dépenses de l’Etat, des collectivités locales, les aides sociales, les allocations, et la redistribution sous toutes ses formes. Tout ça fait tourner une partie de l’économie. Et puis il y a l’argent privé, l’investissement, la consommation, l’épargne, qui fait tourner une autre partie de l’économie. Or il n’y a plus de marges de manœuvre du côté de l’argent public : la France est déjà le champion des dépenses publiques parmi tous les grands pays développés. Et il n’y en a plus non plus du côté de l’argent privé : le choc fiscal de 2012-2013 a ratissé en profondeur, et la France, autre record, n’a jamais, dans son histoire moderne, prélevé aussi lourdement ses contribuables. On est donc coincé, et comme il n’y a pas de croissance, il n’y a pas accroissement des richesses produites, et donc il n’y a pas plus d’argent ni de marges de manœuvre à espérer avant un moment.

Mais à vous entendre, il n’y aurait pas de solutions !

En effet, il n’y a pas de solutions. Sauf changement de politique. Il faut bien comprendre que toute la politique économique et sociale du candidat Hollande avait été basée sur une hypothèse : le retour d’une croissance forte à 2 et même 2,5%, soit davantage que la moyenne des 10 années passées. Tout ce qui a été calibré sur ces bases doit donc être revu. Toutes les réformes promises, les dépenses annoncées, tout doit être recalibré. Ça veut dire des programmes qui ne seront pas financés, des réformes repoussées et des dépenses gelées ou annulées. Ca veut dire en fait un nouveau changement de politique, dans le sens d’un durcissement pour tout ce qui concerne les collectivités locales, les aides publiques, le poids des ministères, la compétitivité des agents de l’Etat. On parle beaucoup de compétitivité des entreprises privées, et le gouvernement depuis quelques mois a intégré cette donnée dans son discours. Mais c’est pareil dans le domaine public, dans la fonction publique, dans les entreprises publiques. Partout, il va falloir faire plus avec moins.

Et tous ces changements, et toute cette rigueur permettrait d’atteindre les objectifs de désendettement ?

Oui, ce sera douloureux, difficile y compris politiquement. Mais si c’est bien fait, c’est le seul moyen de tenir la feuille de route. D’ailleurs, au risque de casser un peu l’ambiance, je vous rappelle que l’objectif, ce n’est pas 3% de déficit, c’est zéro déficit dans 4 ans. Ca veut dire que la cible des 3% si difficile à atteindre n’est qu’un palier, et qu’il restera ensuite un long chemin. Un chemin très escarpé, très chahuté.

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