Après un débat d’une petite semaine qui s’est achevé samedi à 4 heures du matin, l’Assemblée Nationale va solennellement voter demain la loi dite « de refondation de l’école ».

Oui, et c’est ainsi une des promesses de François Hollande qui sera remplie. Vous vous souvenez que c’est avec l’engagement surprise de créer 60.000 postes de fonctionnaires dans l’Education Nationale que le candidat Hollande avait commencé à marquer sa différence avec ses concurrents socialistes, promesse qui lui avait ensuite servi de socle à une vigoureuse critique de la politique scolaire menée pendant le quinquennat finissant. Cette loi de « refondation » devait donc être un des actes forts de l’actuel gouvernement, un texte qui, en outre, promettait d’être calibré avec l’attention qui convient à une population, celle des profs, majoritairement acquise à la gauche. Dire que ce texte de loi porte en lui un grand souffle, qu’il ouvre une nouvelle ère, qu’il annonce –comme son intitulé l’indique pourtant- une véritable refondation de l’école, serait très exagéré. On est plutôt en face d’une collection de mesures et … d’annulations de mesures antérieures comme celle sur l’orientation précoce qui permettait à des élèves en échec scolaire de s’orienter vers l’apprentissage dès 14 ans. C’était pourtant une très bonne mesure, qui a démontré toute son efficacité par exemple en Allemagne, mais elle devait être trop symbolique d’une école qui prépare au monde du travail, alors que la France a toujours rêvé d’une école qui transmettait la noblesse du savoir. Dommage.

Mais si on prend les mesures une à une, il y en a sûrement des bonnes ?

Oui, bien sûr. Par exemple l’instauration de cours de morale à l’école (on peut mettre le meilleur et le pire là-dedans, mais on doit faire confiance au corps enseignant pour faire ça dignement). Autre exemple, tout ce qui tourne autour du renforcement du primaire. On sait maintenant avec certitude que c’est à cette période de l’enfance que se joue une bonne partie de la réussite scolaire. En particulier, c’est au tout début de la scolarité que peuvent se créer des inégalités, des décalages qui seront extrêmement difficiles à rattraper ensuite. Consacrer des moyens renforcés à cette entrée dans l’éducation est une excellente idée. Même si il y a un peu de trompe-l’œil dans le dispositif adopté par l’Assemblée puisque, parallèlement au renforcement des moyens dévolus au primaire, la majorité a ouvert la voie à la scolarisation des enfants dès l’âge de 2 ans. Bref, plus de moyens pour le primaire, mais des tâches supplémentaires également…

Et puis, il y a les 60.000 créations de postes…

Oui, mais elles ne figurent pas dans la loi, mais dans un simple rapport annexe à l’article 1er. Ce sont les bizarreries des procédures législative et réglementaire. Le fait est que ces postes seront créés par les lois de Finances annuelles, de même que beaucoup de mesures évoquées par la loi de « refondation » ne relèveront en réalité que de simples décrets. Ce décalage est d’ailleurs un parfait résumé de ce qu’aurait pu être cette loi et de ce qu’elle n’a pas été. La France a un tel problème avec son Education qu’on aurait rêvé d’un débat de fond, où la gauche aurait évité d’accuser la droite d’avoir détruit l’école, où la droite aurait fait autre chose que de l’obstruction, et où on aurait imaginé pour longtemps de quoi régler vraiment le problème de notre échec scolaire.

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