C’est donc la crise ouverte à l’UMP. Et il n’y a pas, pour l’instant, de chef de l’opposition…

On va donc devoir attendre la fin de ce psychodrame avant de savoir qui sera le premier opposant à la politique de François Hollande. Mais, dans une démocratie normale, c’est-à-dire une démocratie qui vit au rythme de l’alternance, le rôle de l’opposition n’est pas seulement de s’opposer mais aussi de construire. Je veux dire, construire une plateforme programmatique, un projet de société, un socle idéologique sur lequel repartir à la conquête du pouvoir. Et là, tout reste à faire. On a beaucoup parlé, pendant la campagne interne à l’UMP, des rapports avec l’extrême-droite. C’est un sujet évidemment crucial, de même que la question de savoir s’il vaut mieux un parti unique pour la droite parlementaire, ou si un Centre indépendant est une meilleure option. Très bien. Mais ça, c’est les voies et moyens pour remporter une élection. Pour faire quoi ? Comment gérer ce pays lorsqu’il sortira de la crise ? Comment tirer les leçons de cette crise planétaire des endettements publics ? Comment redéfinir ou adapter notre fameux « modèle social français » (et d’ailleurs, celui-ci peut-il même survivre ?). Et là, je le redis, tout reste à faire…

C’est vrai que la campagne interne à l’UMP n’a pratiquement rien dit de tous ces sujets…

Non, et pas tellement parce que les deux candidats auraient été d’accord, mais surtout parce que, dans ce domaine, la droite est ressortie un peu déboussolée de la campagne de Nicolas Sarkozy. Déjà le quinquennat avait été marqué par quelques virages plus ou moins prononcés (mais il est vrai qu’il avait bien fallu s’adapter à cette satanée crise). Bref, on a baissé puis remonté les impôts, toléré des comptes publics un peu lâches avant de les resserrer, soigné les entrepreneurs avant de taper sur les patrons, au travers du Cac 40 en particulier, magnifié le dialogue social avant de stigmatiser les corps intermédiaires. On en est là, dans un assez grand désordre idéologique qu’il faut évidemment traiter.

D’autant plus que le virage de François Hollande, par exemple sur la baisse des dépenses publiques, oblige désormais à s’opposer différemment.

Exactement, la baisse annoncée des dépenses publiques et son plaidoyer sur le recul du poids de l’Etat changent beaucoup de choses. Et il faut maintenant que l’opposition ajuste sa définition du « modèle social français ». Ce qui s’est passé autour de la Une de « The Economist » est symptomatique. On peut détester ce parti-pris, ce mode de pensée (qui en son temps n’avait pas ménagé Nicolas Sarkozy), mais on ne peut pas l’ignorer. Et si plusieurs de nos ministres ont vivement réagi, c’est bien parce que ce journal est « l’influence » par excellence, et qu’il est lu par tous ceux dans le monde qui nous prêtent de l’argent ou investissent chez nous. C’est une réalité qui s’impose maintenant à nous. Connaissez-vous cette équation infernale : l’Europe, c’est 10% de la population mondiale, 20% de la production de richesses sur la planète et 50% de toutes les prestations sociales distribuées dans le monde. Comment faire tenir cet équilibre instable, comment garder notre particularisme en étant constamment sous l’œil de nos voisins et des marchés ? Voilà, après avoir surmonté la crise dans laquelle elle est plongée, c’est à toutes ces questions que l’UMP devra répondre pour reconstruire l’opposition.

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