C’est après-demain, mercredi, que le projet de loi de réforme de l’Université arrive devant l’Assemblée. Une belle bataille en perspective sur l’enseignement en anglais.

Oui, il s’agit bien de l’enseignement en anglais, et non pas de l’enseignement de l’anglais, et c’est cette nuance justement qui promet une de ces batailles dont la France a le secret. Les pour face aux contre, les modernes contre les anciens, les classiques opposés aux progressistes. Le théâtre et la littérature –la musique aussi- adorent ce genre d’empoignade, sauf que cette fois, c’est beaucoup plus qu’une simple algarade théâtrale. Car derrière cette question en apparence anodine (faut-il enseigner en anglais dans nos facs ?) se cache en réalité un sujet essentiel pour l’avenir de nos jeunes. Le problème, c’est que toute une partie de la classe politique (de droite comme de gauche) se bat contre ce projet de la ministre de l’Enseignement Supérieur.

Oui, au nom de la défense du Français et de la francophonie…

Oui, et tous ceux qui s’opposent aux cours en anglais dans nos facs le font en s’appuyant sur une loi, la loi Toubon, qui date de 1994. Comme si rien n’avait bougé en 20 ans. Comme si les frontières ne s’étaient pas ouvertes, comme si les cursus universitaires n’avaient pas totalement changé : nos universités sont aujourd’hui peuplées d’étudiants étrangers, et les Français partent de plus en plus étudier un an, deux ans, dans le reste du monde. Et là, celui qui ne connaît pas l’anglais (pas seulement l’anglais de comptoir, mais l’anglais de la discipline dans laquelle il étudie), celui-là subit un handicap terrible. Et donc, plus on enseignera en anglais en France, plus nos jeunes seront armés pour affronter une vie professionnelle où l’on parle si souvent en anglais. D’ailleurs, refuser l’enseignement en anglais dans les facs, c’est une mesure de classe. D’abord parce que toutes les bonnes écoles de commerce et écoles d’ingénieurs le font déjà : par conséquent, ça risque d’élargir le fossé avec l’Université. Et puis, plus grave, ceux qui parleront bien anglais seront souvent ceux que leurs parents auront eu les moyens d’envoyer étudier ou faire des séjours à l’étranger. Refuser l’anglais en fac, c’est donc laisser s’installer une inégalité.

Bon, mais ça ne règle pas le problème de la francophonie ?

Je crois que si. La francophonie, ce n’est pas parler français en France, mais dans le reste du monde. Plus vous permettez aux jeunes Français de maîtriser l’anglais, de voyager puis d’occuper des postes à l’international, plus vous favorisez l’expansion de la culture et de la langue françaises. Réciproquement, plus vous permettez à des étudiants étrangers de venir en France suivre les meilleurs cours en anglais, plus ils apprendront le Français de la vie courante et vivront ensuite avec ce bagage. Il faut donc s’engager dans cette réforme sans réticence. Pas pour faire basculer tout l’enseignement en anglais ; ça n’aurait aucun sens. Les disciplines classiques, les lettres, l’histoire, une partie du droit peuvent être enseignées en Français. Mais donner à tous les étudiants la maîtrise en anglais de leurs disciplines techniques et scientifiques est désormais un passeport indispensable pour la vie professionnelle. Sauf si on considère que l’ouverture des frontières, et l’internationalisation doivent être combattues et qu’on doit rester entre soi. Mais ça, « it’s another story… ».

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.