C’est une information dont on a peu parlé, dans cette actualité évidemment dominée par l’international. Et pourtant, c’est un sujet lourd de conséquences : Renault va supprimer 7500 emplois.

Oui, c’est-à-dire pratiquement autant que PSA-Peugeot Citroën qui avait, rappelez-vous, annoncé 8000 suppressions d’emplois en juillet dernier. Or cette fois, pas ou peu de réactions, en tout cas rien qui ressemble au tourbillon provoqué par le plan social de Peugeot. Alors il y a plusieurs explications à ça, à commencer par le fait que, comme vous l’avez dit, l’actualité a été écrasée par les sujets algérien et malien. Autre différence, nous ne sommes plus au lendemain de l’élection de François Hollande et, le choc du premier grave accident social étant passé, les Français ont intégré l’idée que l’automobile (comme la sidérurgie) traverse une crise très profonde. L’effondrement des immatriculations a atteint des niveaux record, et pour l’avenir, la baisse du pouvoir d’achat et le retour des hausses du prix de l’essence ne laissent rien espérer de bon. Du coup, les deux constructeurs français se retrouvent sur la même ligne stratégique : diminution des effectifs et des capacités en France, et accélération à l’étranger, du moins là où le marché explose : en Chine, et dans la plupart des pays émergents. Tout cela n’est donc malheureusement pas très étonnant. Ce qui l’est plus, c’est qu’Arnaud Montebourg qui avait sèchement attaqué la famille Peugeot, n’ait cette fois quasiment pas réagi. Il a même été incroyablement compréhensif.

Et selon vous, d’où vient cette différence de traitement ?

On peut imaginer plusieurs hypothèses. La première, c’est qu’il n’y a pas, cette fois-ci, de fermeture d’usine envisagée, comme à Aulnay (même si au total, les dégâts en termes d’emploi seront équivalents). La deuxième, c’est que le gouvernement vient de saluer la signature par les partenaires sociaux d’un grand accord qui accroît la flexibilité : difficile d’intervenir le lendemain pour dénoncer une entreprise qui s’adapte à son marché. Troisième hypothèse, l’apprentissage : Arnaud Montebourg a dû se rendre compte que sur l’affaire Peugeot et sur l’affaire Mittal, ses interventions et ses menaces n’ont été suivies d’aucun effet. Enfin, dernier point, l’Etat est un des principaux actionnaires de Renault, avec 15% de participation. Il siège donc au Conseil d’administration, il doit participer aux décisions stratégiques. Dès lors, de deux choses l’une : ou bien le silence d’Arnaud Montebourg signifie qu’il assume ce plan, en tant qu’actionnaire; ou bien (plus improbable) qu’il n’a pas été consulté. Mais dans l’un et l’autre cas, on doit alors s’interroger sur le rôle et l’intérêt qu’il y a pour l’Etat à rester actionnaire.

Arnaud Montebourg a tout de même essayé de peser sur les décisions de Renault : il a par exemple, en fin de semaine, annoncé le rapatriement en France de la construction de modèles Nissan…

C’est vrai, mais il a été clairement démenti. Et Renault n’a pris aucun engagement en ce sens. Non, en l’espèce être actionnaire n’a servi à rien. Ce serait d’ailleurs peut-être utile, vu l’état de nos finances publiques, de s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à immobiliser des capitaux par milliards dans un certain nombre d’entreprises ou d’activités. Après tout, la France n’a jamais autant privatisé que sous Lionel Jospin. Ca n’est donc pas un sujet tabou, et il est peut-être temps de se résoudre à trouver l’argent là où il est.

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