Pour la première fois depuis l’élection de François Hollande, la France va connaître cette semaine plusieurs appels à la grève dans les transports…

Oui, et c’est la SNCF qui va être la première touchée, jeudi, suivie par Air France vendredi. Deux journées qui ne tombent pas au hasard puisque nous serons à la veille des vacances de la Toussaint ; autrement dit, les syndicats qui appellent à la grève ont tout fait pour que leur mouvement soit le plus visible possible. Et en ce qui concerne la SNCF, ce sera d’ailleurs la première fois depuis les grèves contre la réforme des retraites, en 2010, que les quatre principaux syndicats (la CGT, Unsa, SUD et la CFDT) auront une démarche unitaire. C’est donc un symbole fort, et un message dont le gouvernement, probablement, se serait bien passé.

Et quel est le motif de la grève?

En fait, il y en a plusieurs. Chez Air France, seule la CGT appelle à la grève (mais c’est le syndicat majoritaire parmi les personnels au sol). La protestation porte sur le plan d’économie mis en place par la direction, plan qui doit se traduire par une baisse des effectifs à hauteur de 5000 postes. La SNCF, elle, n’a pas de plan de suppression d’emplois, au contraire : elle embauche. Mais les syndicats estiment que le compte n’y est pas, que les salaires stagnent, et que le pouvoir d’achat recule. Et puis surtout, les syndicats veulent envoyer un signal fort au gouvernement qui s’apprête à dévoiler une grande réforme ferroviaire, avec intégration de quelques obligations de concurrence, et prise en compte nouvelle de la dette de 30 milliards d’euros que traînent les chemins de fer français.

Bien, mais tous ces motifs de grève sont directement liés aux entreprises concernées. On n’a pas l’impression qu’il y ait un mouvement ou les prémisses d’un mouvement social de grande ampleur ?

Effectivement, et même s’il faut toujours être prudent en matière de météo sociale, on est dans une configuration très différente des années 2010, et plus encore des grandes grèves de 1995. De façon générale, on voit bien comment le climat économique pèse sur le moral des Français et réfrène les ardeurs sociales. L’inquiétude, la prise de conscience qu’il y a peu de marges de manœuvre, tout cela joue en faveur d’un relatif calme social. Et en dépit du fait que le pouvoir d’achat recule, en dépit du fait que le chômage continue à augmenter, on ne voit pas poindre de grandes grèves nationales.

Est-ce que pour autant le gouvernement peut s’en contenter ? Non, certainement pas. D’abord parce que les syndicats, après une période d’accompagnement de ce nouveau pouvoir qu’ils ont désiré, vont avoir de plus en plus de mal à tenir les troupes. On voit bien d’ailleurs l’évolution critique du discours de la CGT, et il n’y a pas beaucoup de raisons pour que le successeur de Bernard Thibault soit indulgent avec le pouvoir. Ensuite parce que l’absence de mouvements nationaux n’empêche pas l’apparition de conflits locaux, parfois violents. C’est un phénomène qu’on avait observé au début de la grande crise financière, en 2008-2009 : des abcès de fixation s’étaient créés, dans des entreprises ou sur des sites menacés, avec des actions dures et parfois de véritables chantages à la violence. Ce risque-là est toujours devant nous.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.