C’est cette semaine que sera adopté en Conseil des Ministres le projet de budget pour 2013. Et compte tenu de la difficulté des arbitrages et du contexte politique, on peut dire qu’on entame aujourd’hui une des semaines les plus importantes du quinquennat de François Hollande.

Oui, car c’est une semaine au cours de laquelle vont se décider quelques unes des orientations les plus fondamentales du quinquennat. Et ce qui donne une intensité particulière à cet exercice, c’est bien sûr la gravité de la crise qui pèse sur notre pays mais aussi la chute de popularité de François Hollande. Ce qu’on retiendra le plus du projet de budget, c’est d’abord la ponction fiscale qui sera d’une ampleur jamais atteinte : 20 milliards d’euros d’impôts nouveaux. Et puis il y aura un tour de vis sur les crédits des ministères comme rarement puisqu’il manquera 10 milliards d’euros de dépenses publiques par rapport à ce qu’aurait été l’évolution naturelle du budget de l’Etat. Tout cela, bien sûr, pour ramener le déficit de la France à un niveau de 3% de sa richesse produite. C’est d’ailleurs un point sur lequel François Hollande a pris tout le monde un peu à revers. Rappelez-vous, lors de sa campagne électorale, il a effectivement expliqué qu’il faudrait maîtriser la dépense publique et ramener les déficits à 3% du PIB. Mais à chaque fois, il ajoutait un petit membre de phrase, quelques mots tout sauf anodins. Il disait : « nous ramènerons les déficits à 3%... si la croissance est là ». Eh bien voilà, la croissance n’est pas au rendez-vous. Mais ce petit bout de phrase (… « si la croissance est là… ») a disparu. Dès les premiers échanges avec les européens et surtout avec l’Allemagne, en mai dernier.

Mais pour tous ceux qui pensent que la France doit revenir à l’équilibre de ses finances publiques, c’est une bonne nouvelle ?

Absolument, l’objectif est bon. Mais j’ai des doutes sur la méthode. Le point-clef, c’est que le projet de budget ne prévoit pas de baisse de la dépense publique, mais seulement un gel. Or on sait qu’aucun pays, strictement aucun, n’a jamais réussi à dominer ses problèmes de déficit sans passer par une diminution de ses dépenses. Alors je sais que certains économistes (les keynésiens) expliquent que la réduction du train de vie de l’Etat pèsera sur la croissance. Ils ont raison, mais la nouvelle ponction de 20 milliards sur les ménages et les entreprises pèsera encore plus sur la consommation et sur l’investissement, deux moteurs essentiels de la croissance.

Ca veut dire qu’il n’y a pas de bonne solution, et que ça ne peut pas réussir ?

Ecoutez, je ne suis pas golfeur, mais pour avoir fait pas mal de maths et de géométrie lorsque j’étais petit, je sais qu’un écart d’angle infime au départ de la balle peut se traduire par une trajectoire déviée de plusieurs dizaines voire centaines de mètres à l’arrivée. C’est de cela qu’il s’agit : on est au début du quinquennat et le cocktail gel des dépenses et hausse des impôts permet de tenir cette année. Mais l’angle est légèrement faux : il manque une vraie baisse des dépenses publiques. Car que se passera-t-il l’an prochain et les années suivantes lorsqu’il faudra encore réduire le déficit pour aller vers zéro ? Faire toujours plus de CSG, de TVA et d’impôts va vraiment tuer l’activité. Dès lors la trajectoire s’éloignera de la cible. Sauf si…on s’attaque à la dépense publique. Je vous le dis : c’est probablement le dernier budget avant la baisse des dépenses publiques. La vraie.

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