Après 15 jours d’interruption, la grande négociation sociale patronat-syndicats sur « la sécurisation sociale » reprend en fin de semaine. Mais le climat a complètement changé.

Oui, et d’abord parce que le climat politique a changé. Je ne parle évidemment pas de ce qui se passe à l’UMP, non, mais de la décision prise par François Hollande de faire voter en accéléré la partie de son Pacte de Compétitivité qui concerne le crédit d’impôt. Les syndicats, reçus longuement à Matignon, ont mal vécu ce qu’ils présentent comme un cadeau de 20 milliards d’euros fait aux entreprises sans contrepartie pour les salariés. Et il y a fort à parier que ce mécontentement se ressentira dans leur attitude vis-à-vis du patronat. En face, les organisations patronales auront probablement arrondi leurs premières propositions de négociation, mais elles doivent se rendre compte qu’elles sont maintenant en position de force.

A cause du virage du gouvernement sur la question de la compétitivité ?

Oui, bien sûr. Mais pas seulement. Vous vous souvenez que François Hollande a fixé un terme à cette négociation qu’il qualifie d’historique : il faut un accord fin-décembre, sinon on en passera par la loi. Or il n’y a à peu près aucune chance pour que cette échéance soit respectée. Rendez-vous compte : les discussions touchent à tous les aspects de notre modèle social, le droit du travail, le droit des contrats, l’équilibre général des rapports entre employeurs et salariés, mais aussi la protection sociale et son financement. C’est titanesque. Et quasiment infaisable. Il reviendrait donc au gouvernement de prendre ses responsabilités. Et là, le patronat se retrouvera clairement en position de force. Et cela à cause de la perte du AAA.

Pourtant le AAA, c’est une note financière et budgétaire. Ca n’a pas grand chose à voir avec des négociations sociales ?

Vous avez raison. Ou plutôt, vous aviez raison, car tout a changé, il y a quelques jours seulement. Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut lire les commentaires de l’agence de notation Moody’s, et ceux que l’autre grande agence, Standard and Poor’s, a publiés en fin de semaine. Moody’s nous dégrade en expliquant que le plan du gouvernement « n’est pas suffisant pour rétablir la compétitivité », et nous met sous perspective négative parce que notre marché du travail est « trop rigide », et que nos règles sur les contrats de travail et sur le licenciement « n’incitent pas à embaucher ». Ça signifie tout simplement que le social a fait irruption dans la notation des Etats, que les agences évaluent désormais notre capacité à réformer notre modèle social. Et ça bouleverse tous les rapports de force entre partenaires sociaux. Jusqu’à présent, lorsqu’un gouvernement voulait mener une réforme qui remettait en cause tel ou tel acquis social, il se retrouvait souvent (avec le patronat) face à la contestation des syndicats. Et en cas de conflits ou de grèves, le juge de paix, c’était l’opinion publique. C’est elle qui faisait souvent basculer le sort de ces réformes. Eh bien, ce schéma est caduc. Désormais, ce genre de réformes se conduira sous le regard d’un juge totalement insensible à l’opinion publique du pays, et aux problèmes politiques du gouvernement. Ce juge, c’est les agences et les marchés. Si les négociations actuelles sur « la sécurisation sociale » échouent et que le gouvernement doit légiférer, il le fera sous la surveillance de l’extérieur. Et ça change tout.

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