Ce lendemain de manif ressemble à s'y méprendre aux lendemains d'élections où, traditionnellement, tout le monde prétend avoir gagné...

Oui, et c'est vrai que chaque camp peut légitimement estimer avoir remporté une belle victoire. Les organisations de la "Manif pour tous", bien sûr. Alors que la loi avait déjà été promulguée et que l'on annonce le premier mariage homosexuel dans quelques jours seulement, ils ont réussi à mobiliser dans le calme et (quels que soient les modes de comptage) très largement. Cette manifestation n'empêchera pas la loi d'exister, mais elle contribuera probablement à bloquer les autres étapes du processus, je pense à la PMA et à la GPA ; ce n'est pas un mince résultat. Mais François Hollande lui aussi peut estimer avoir remporté une victoire. Après tout, sa loi est là, promulguée et applicable, promesse de campagne remplie, ce qui lui permet d'effacer ses hésitations et parfois même sa gêne sur plusieurs aspects du dossier (comme le cafouillage sur la clause de conscience des maires, par exemple). Il a d'ailleurs dans la foulée regagné quelques points dans les sondages. En même temps, il reste très bas, et de ce point de vue, c'est une victoire de l'opposition : faire descendre des centaines de milliers de gens dans la rue à plusieurs reprises n'est sûrement pas l'œuvre de la droite parlementaire à elle seule, mais c'est un fait que la gauche aujourd'hui est éreintée.

Bien, mais une confrontation, une bataille dans laquelle il n'y a que des vainqueurs, ça n'existe pas !

Non, en effet. À l'évidence, les manifestants ont perdu leur combat fondamental puisque le mariage existe. De même, François Hollande a lourdement échoué sur un point: la société française sort assez profondément fracturée de cette affaire. Réconcilier les Français était pourtant l'un de ses engagements de candidat, et ses partisans n'avaient à l'époque pas de mots assez cruels pour dénoncer la dureté avec laquelle Nicolas Sarkozy bousculait la société française. Un an après son élection, François Hollande a divisé en profondeur cette société et a fait remonter à la surface de puissants courants confessionnels qui ne s'étaient pas mobilisés ainsi depuis des dizaines d'années. Il est probable qu'il traînera ça derrière lui un bon moment.

Et en ce qui concerne la droite…

Là aussi, et peut-être même plus qu'ailleurs, l'apparente victoire cache en fait une défaite. Désunie sur le mariage homosexuel, écartelée sur ce qu'elle en ferait une fois revenue au pouvoir, la droite parlementaire s'est toujours trouvée en porte-à-faux à l'égard de cette réforme. Le spectacle de ses hésitations a empêché qu'on l'entende sur d'autres sujets. Qu'a-t-elle dit de véritablement audible et d’innovant depuis quelques mois sur l'emploi, sur l'assurance-chômage, sur le rôle et le poids de l'Etat, sur l'Europe ? Sur la plupart de ces sujets elle est d'ailleurs traversée de courants divergents. La voilà devant un nouveau défi : se choisir une ligne et reconstruire sa crédibilité.

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