Le Forum de Davos, cette grand’messe de la globalisation, s’est terminée ce week-end. Et le climat y était plutôt optimiste…

Oui, en tout cas par rapport à ce qu’il était l’an dernier. A l’époque, c’est l’inquiétude qui dominait : l’Europe était plongée dans la crise, la tension en Grèce était à son maximum, et les grands argentiers de la planète étaient nombreux à parier que l’Euro ne survivrait pas à cette tempête. Ce risque est maintenant derrière nous, et une forme de décontraction était donc parfaitement sensible dans les couloirs du Forum de Davos. Tant mieux. Car même si je sais bien que cette grande concentration mondiale de dirigeants politiques et économiques, ce rassemblement des maîtres du monde est l’objet de beaucoup de critiques et de fantasmes, elle a un avantage : elle constitue toujours un indicateur d’ambiance assez fiable. Un grand « ouf », donc, mais aussi une mise en garde : ne pas relâcher l’effort. Par exemple, ne pas renoncer à se désendetter, ne pas repousser les engagements de réduire les déficits, ne pas faiblir dans la recherche d’une meilleure compétitivité. Et là, même si les dirigeants français étaient comme d’habitude largement absents de cette réunion internationale, leurs oreilles ont dû siffler.

Oui, parce qu’il y a beaucoup de voix, en France, qui plaident pour un étalement de l’effort. Et ce week-end encore, Michel Rocard…

Oui, avec toujours le même type d’arguments : se désendetter trop vite, c’est créer de l’austérité, c’est casser la croissance, c’est détruire de l’emploi. Et en effet, c’est une rengaine qu’on entend beaucoup, à gauche et plus on va à gauche, mais aussi à droite, et en tout cas plus on va vers la droite. Mais il faut reconnaître que le gouvernement n’a pour l’instant jamais infléchi son discours. La croissance est nulle, l’emploi continue à se dégrader (plus ou moins, selon les mois, mais rien n’arrête pour l’instant le chômage), et cependant, la ligne orthodoxe reste la même. Il faut dire que la France n’a pas vraiment le choix : elle est toujours sous la surveillance des marchés et de ses petits camarades européens, Allemagne en tête, avec une Angela Merkel inflexible. Et qui l’a encore montré dans son discours de Davos.

Et pendant ce temps-là, les Anglais, eux, menacent de sortir de l’Europe…

Eh oui, mais chez eux, tout est souvent différent. Ils sont en quasi-récession, mais ils coupent encore dans leur budget. Ils taillent massivement dans la fonction publique mais leur chômage diminue. Ils sont dans l’Europe, mais toujours un peu en dehors. Ce qui est d’ailleurs très intéressant, quand on parle avec des Anglais, c’est de voir à quel point leur raisonnement est différent du nôtre, à quel point leurs dirigeants se positionnent différemment de ce que l’on voit chez nous. En France, vous ne trouverez aucun membre de la majorité ou de l’opposition parlementaire, aucun ministre ou ancien ministre pour dire qu’on devrait même seulement songer à sortir de l’Europe. Aucun grand patron non plus : toutes les entreprises un peu internationales sont pro-Europe. Beaucoup d’entre eux pensent qu’il faut réformer, améliorer l’Europe, mais personne ne songe à en sortir. En Grande-Bretagne, si : des députés de la majorité, des membres du gouvernement, et plusieurs dizaines de très grands patrons plaident en ce sens. Ils disent comme nous qu’il faut réformer en profondeur cette Europe lourde et coûteuse. Mais, et c’est une sacrée différence, si l’Europe n’évolue pas, alors eux, ils voudront en sortir.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.