C’est donc demain que le Parti Socialiste doit adopter en Bureau National, son texte de référence sur la politique européenne et caler sa position vis-à-vis de l'Allemagne.

Oui, et on voit bien qu’il y a désormais deux lignes politiques au sein du principal parti de gouvernement, les uns considérant qu'il faut changer de politique, entrer en confrontation avec l'Allemagne et ce qu'elle représente (l'obligation de réduire les déficits publics), et les autres estimant que s'éloigner de l'Allemagne et combattre ouvertement la ligne Merkel est aujourd'hui une folie. On verra bien, demain, où s'arrêtera le balancier du PS, mais la difficulté pour François Hollande va être maintenant de trouver une sorte de synthèse, autrement dit un artifice qui lui permette de concilier l'inconciliable. D’un côté, sa politique de rigueur budgétaire et fiscale, de l’autre les embardées de plus en plus fréquentes d’une partie de ses amis. Je parle d’embardées, parce que comment comprendre que, quelques jours seulement après avoir massivement voté le Pacte de Stabilité Budgétaire, et donc renouvelé vis-à-vis de toute l'Europe l'engagement de poursuivre la marche vers un déficit zéro, le Parti du Président aidé de quelques uns des principaux personnages de l'Etat socialiste, veuille tourner le dos à la politique actuelle et engager le bras de fer avec Angela Merkel ?

En tout cas, jusqu'à présent, François Hollande n'a jamais varié sur l'objectif de sa politique : réduire les déficits.

C'est vrai. Mais de deux choses l'une : ou bien il reste ferme sur cette position, et la cacophonie autour de lui est une illustration de son manque d'autorité, ou bien ces prises de parole se font avec son accord (au moins tacite) et on entre alors dans une zone de danger politique. Quelle serait en effet la politique alternative à celle menée aujourd'hui ? Reprendre comme avant la sempiternelle hausse des dépenses publiques ? Espérer que nos créanciers continueront à nous financer dans des conditions historiquement favorables ? Mais c'est une plaisanterie. Chacun peut d'ailleurs en faire le test. Tenez, essayez : si vous êtes endetté, allez voir votre banquier pour lui dire que, tout bien considéré, vous ne voyez pas la nécessité de le rembourser, qu'il faut étaler tout ça. Qui peut croire qu'il ne durcirait pas son jugement à votre égard ?

Et selon vous, une confrontation avec l'Allemagne peut conduire à la même conséquence?

Évidemment, oui. Sauf si ce pays change d'attitude, et avec lui toute l'Europe. C'est ça bien entendu que recherchent les opposants à la politique actuelle. Mais ce changement d'attitude est totalement improbable. Il suffit pour s'en convaincre de sonder l'opinion publique allemande. C'est justement ce que fait régulièrement la Commission Européenne*. Et les derniers sondages sont clairs. Dans 18 des 27 pays européens dont la France, le chômage est devenu la principale préoccupation des gens. Pas en Allemagne. Chez nos voisins, le chômage à un niveau très bas n'est que la quatrième préoccupation. Non, ce qui mobilise le plus l'opinion allemande, c'est la dette ! À six mois de ses élections législatives, qui peut croire qu'Angela Merkel va prendre le risque d'aller contre son opinion et de relâcher les efforts et la pression sur la dette et les déficits publics ? Personne.

  • sondage TNS Sofres pour la Commission Européenne
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