Votre prédiction pour 2018 : cette année, encore, sera marquée par la crise migratoire ?

Très probablement, oui. Le sujet nous hante depuis bientôt quatre ans : souvenez-vous, c'est pendant l'été 2014 que la mer Méditerranée a commencé à se transformer en cimetière. Ce premier exode de réfugiés à bord de bateaux pourris s'est fait dans l'indifférence générale, sauf sur l'île italienne de Lampedusa, où s'échouaient ces passagers clandestins de l'enfer. La guerre faisait rage en Syrie, les camps de réfugiés débordaient. L'Europe est devenue la destination finale, malgré les risques de mourir en mer avant de l'atteindre.

Puis, il y a eu l'explosion migratoire de l'été 2015, lorsque sous la pression, Angela Merkel a eu ce geste incroyable d'ouvrir les portes de l'Allemagne a un million de réfugiés qui remontaient, à pied, la route des Balkans. Les Allemands ont d'abord joué le jeu, admirablement, puis l'atmosphère s'est assombrie. L'Europe, que la chancelière n'avait pas consultée, n'avait ni politique d'asile commune, ni politique de protection des frontières extérieures. Lorsqu'il a fallu se montrer solidaire de l'Allemagne, de la Suède, de  l'Italie, les autres Etats-membres ont soit traîné les pieds, comme nous, soit se sont rebellés, comme la Pologne et la Hongrie, qui ont refusé tout net d'accueillir des réfugiés. L'Europe s'est divisée. Partout, cette crise a renforcé les partis populistes et l'extrême-droite.

  • Alors, où en sommes-nous aujourd'hui ?

Disons que nous sommes au milieu du gué. L'Europe a enfin pris conscience de l'ampleur du phénomène, mais elle l'a fait de manière défensive. Elle a créé, avec l'agence Frontex, un vrai corps de garde-frontières européen. Elle a négocié avec la Turquie des accords qui ont permis de mettre fin aux départ massifs de migrants et de réfugiés depuis les côtes turques. Et puis Angela Merkel, sonnée par la progression du parti d'extrême-droite AfD aux élections de septembre, a pratiquement fermé la porte.

  • Donc, peut-on dire que la crise migratoire est résolue ?

Et non, bien sûr ! Car si les départs de Syrie ont beaucoup diminué, la pression migratoire d'Asie et d'Afrique, elle, subsiste. Simplement, les routes de l'exode se sont déplacées. Les passeurs ont quitté la Turquie pour la Libye, où 700 000 migrants sont actuellement bloqués dans l'attente d'une traversée, souvent dans des conditions inhumaines, qui vont parfois jusqu'à l'esclavage.

En réalité, 2018 sera encore une année de forte pression migratoire, comme 2019, et comme les années suivantes. Pourquoi ? Parce que la démographie est beaucoup plus dynamique au sud qu'au nord de la planète, parce que les conflits et la pauvreté y sont plus grands, parce que nous vivons dans un monde beaucoup plus ouvert, un monde en mouvement, où l'information est accessible partout.

C'est ce que l'on appelle une tendance lourde. Et cette tendance a un impact humanitaire, social, diplomatique, et même des conséquences de politique intérieure, comme l'a constaté le président Macron : la mise en oeuvre de sa politique migratoire musclée rencontre des résistances jusque dans leur propre camp. Cessons de regarder ailleurs : En 2018, ni la France, ni l'Union européenne n'échapperont à un grand débat sur une politique volontariste de gestion des flux migratoires.

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