Cela pourrait être le titre d’un conte pour enfant. Mais c’est plutôt le cauchemar que vivent les Algériens au quotidien. La Zeralda, c’est là où se trouve la résidence du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, dans la grande banlieue d’Alger. Et la Zeralda est habitée par un fantôme.

Abdelaziz Bouteflika le 23 novembre 2017
Abdelaziz Bouteflika le 23 novembre 2017 © AFP / Ryad Kramdi

Depuis le début de son quatrième mandat, en 2014, le chef de l’Etat algérien n’a pas prononcé un seul discours, pas pris un seul bain de foule, pas donné une seule interview. Et pour cause, il est gravement diminué depuis un accident vasculaire cérébral, subi en 2013. Depuis, il est muet. Ce n’est pas une image, il ne parle pas. D’ailleurs, il a mené campagne pour sa réélection sans jamais être présent à aucun meeting. Imaginez la scène : les réunions publiques se tenaient devant un portrait posé sur l’estrade !

Comment les Algériens vivent cette situation ?

Ils la vivent comme ils peuvent, avec un mélange de résignation, de peur et d’humour. De la résignation, parce que cela fait bien longtemps que les Algériens ont compris que les décisions, au sommet de l’Etat, n’étaient pas de leur ressort. Depuis la répression des manifestations de 1988 puis ensuite l’interruption du processus électoral en 1992, ils ont compris la leçon. Ce sont les décideurs, cette mystérieuse caste d’officiers et de responsables politiques, qui dirigent le pays et choisissent qui mettre à sa tête. Seulement, les décideurs, personne n’est capable d’en dresser aujourd’hui la liste, ni de savoir ce qu’ils souhaitent pour succéder à Bouteflika. Peut-être qu’ils ne sont pas d’accord et c’est ce qui effraie le plus.

Car il y a aussi de de la peur dans le fait que personne ne s’étonne publiquement du vide à la tête du pouvoir. Le souvenir de l’atroce guerre civile des années 1990' est encore très présent. Elle a causé 60 000 à 150 000 morts et toute une société vit, aujourd’hui, dans la peur d’un retour à l’instabilité et à la violence. 

Et puis la dérision enfin, parce que cet humour corrosif et ravageur des algériens est ce qui aide à tenir, à calmer la peur et à se moquer de la résignation.

Comment va être perçue la visite d’Emmanuel Macron dans ce contexte ?

Imaginez que Macron est un vieux par rapport à la moyenne de la population algérienne. 70% de la population a moins de 35 ans, c’est à dire plus de 29 des 42 millions d’algériens. Pour eux, Bouteflika, qui a aujourd’hui 80 ans, c’est l’âge de pierre. Mais il ne faut pas oublier que Bouteflika a été élu député et nommé ministre à 25 ans. C’était en 1962, juste après l’indépendance. A l’époque, le président de la France avait 72 ans. C’était Charles de Gaulle.

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