Ce soir vous nous parlez d'une jeune fille palestinienne qui donne du fil à retordre au gouvernement israélien.

Oui, je voudrais vous parler d'Ahed Tamimi. Si vous ne vivez pas sur une autre planète, et à moins que vous ayez passé les deux dernières semaines sous votre couette, vous avez forcément entendu parler d'Ahed Tamimi. Car la vidéo de cette jeune palestinienne de 16 ans en train d'administrer une gifle bien sentie à un soldat israélien armé jusqu'aux dents a fait le tour des réseaux sociaux bien au-delà du Moyen-Orient : elle est, comme on dit, devenue virale, et c'est bien ce qui complique la gestion de son cas pour Israël, d'autant plus que cette jeune rebelle, blonde aux yeux clairs, pourrait aussi bien passer pour une adolescente du Nebraska ou d'Europe du nord. En trois semaines, l'affaire Ahed Tamimi est devenu le symbole de la résistance palestinienne à l'ère d'Internet, moins meurtrière qu'une intifada, mais ô combien efficace.

Alors, comment cela a-t-il commencé ?

Cet incident précis, celui de la gifle, date du 15 décembre. On est une semaine après après la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, et dans les territoires occupés, l'atmosphère est tendue. Des soldats israéliens prennent position dans différents points de Cisjordanie et notamment dans la bourgade de Nabi Saleh, près de Ramallah, où vit la famille Tamimi. La jeune Ahed en repère deux, postés près de chez elle. Accompagnée d'une amie et de sa mère, qui filme tout sur son smartphone, elles'approche des deux militaires et leur tourne autour en gesticulant. Sous leur nez, elle leur hurle de partir. Stoïques, les deux soldats esquivent ses gestes de plus en plus agressifs, et évitent de riposter.

Il faut dire qu'Ahed n'est pas tout à fait une inconnue. Elle s'est même fait une spécialité de harceler ces soldats qui viennent sur son territoire, puisque les premières images qui montrent ce petit bout de bonne femme en jeans et débardeur vociférant face aux soldats remontent à 2012, à une époque où elle n'avait que onze ans.

Mais ce 15 décembre, elle est particulièrement en colère, parce que une heure plus tôt, dans le même quartier, son cousin Mohamed a été gravement blessé par une balle de plastique dans le crâne. Alors la tension monte et au bout d'un moment le jeu dérape, Ahed bouscule le soldat et finit par le gifler.

Et là, l'affaire prend une autre dimension ?

Oui, car trois jours plus tard, l'armée finit par arrêter Ahed Tamimi qui est mise en examen et placée en détention provisoire. Elle risque plusieurs années de prison, mais elle est devenue une cause célèbre, perçue de façon radicalement différente suivant que l'on est israélien ou palestinien. Pour les Palestiniens, elle a accédé au statut d'héroïne, elle est submergée de demandes de mariage ou comparée à Jeanne d'Arc. Pour les Israéliens, elle a mis en lumière l'impossible responsabilité des soldats, pour la plupart des jeunes qui font leur service militaire, dans ces territoires occupés où ils sont haïs. Mais des deux côtés, l'aventure très médiatisée de la blonde Ahed a accentué le malaise car elle montre au monde entier ce que les deux côtés savent déjà : l'impasse totale dans laquelle se trouve le conflit israélo-palestinien, et à quel point il est devenu invivable pour ses protagonistes.

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